Cet hiver-là, j’habitais encore Chatou, une des maisons d’une allée cachée. Le feu, allumé dans la cheminée. La musique d’une radio en ambiance. La table, mise. Le dîner organisé. La soirée s’annonçait. J’attendais Clem qui devait arriver de Paris. Il m’appela. Il venait de descendre de son taxi dans une rue à quelques pas. Perdu, il ne savait où se diriger. Je sortis. Très rapidement le retrouvais à un croisement. Ce qu’il fit alors ? Inoubliable. Délicieux. Il déposa son sac à dos bien rempli et vivement trouva ce qu’il y cherchait. Mon Clem, coiffé de son immuable casquette bleue des Boston Red Sox, mon irrésistible Clem sortit de son sac une fine bougie blanche qu’il alluma, et tout sourire, me la tendit, Joyeux Noël Anna ! La lumière délicate de cette simple bougie dans la nuit de Chatou, une merveille.
Rentrés à la maison, il me surveilla, sérieux, lorsque je cuisinais le rosbeef. Nous attendions un ami que sa petite amie du moment avait quitté, lasse de ses infidélités. Comme tout allait bien, Clem me taquinant, chantant des petites chansons de blues, jouant de sa séduction avec humour, préparant maintenant une sauce spéciale pour la salade. Pensant à faire une macédoine de fruits. Jamais vu un tel foutoir pour peler, couper, oranges, pommes, banane, ananas… Mais le résultat fut bluffant. Clem n’était pas que journaliste, il était aussi brillant cuisinier. La gastronomie française, son B-A BA, qu’il découvrit à New York où il grandit, puis ensuite à Paris où résidaient désormais ses parents.
Le repas, simple, fut joyeux.
La nuit, douce.

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