cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

À contre-courant

Je ne sais pourquoi aujourd’hui, il faut absolument que j’écrive ce billet à contre-courant de tous ceux que vous avez pu lire, avant. Comme une injonction. La maladie. Pas la mienne. Ne me suis jamais sentie concernée par elle, peut-être pour ça que je m’en suis sortie. Lorsque Nadia, mon médecin, me dit Anna, ce n’est pas possible, vous êtes en train de refaire Laura dans votre ventre, Urli était déjà en traitement depuis 6 mois contre un terrible cancer. Son état lui fut d’ailleurs diagnostiqué sans ménagement lorsqu’il se rendit aux Urgences. Je l’accompagnais. « Si vous voulez encore pouvoir emmener votre femme à Venise, c’est maintenant. Vous avez deux ans. »
Nous étions un 19 novembre. — Il dit vrai.
Après m’avoir emmené deux fois à Venise, Urli s’en est allé dans la nuit du 27 au 28 novembre deux années plus tard. J’étais près de lui, à la maison, dans notre lit, lui tenant la main.
Je voulais parler de cette différence. Urli voulait vivre. Moi je ne craignais pas la mort. Pourquoi moi la trouillarde, n’ai-je été absolument pas concernée par ce qui m’arrivait. Mystère. Mystère. Examens. Piqures à répétition.Préparation. Installation dans la chambre de l’hôpital, la veille de l’opération à Bichat. J’étais dans une bulle. Ma bulle. Je voyais bien qu’Urli était défait par l’inquiétude, il a quand même fallu que je lui dise quelque chose avant qu’il ne parte. Lui demander pardon ; pardon si jamais j’avais pu lui faire mal. Je sais bien, moi, que je lui ai fait mal deux fois.
L’opération fut compliquée, plus longue que prévu ; on me retira un poids de 4 kilos. Mon esprit espérait pouvoir faire revivre mon bébé. C’est insensé. Ensuite ce furent les innombrables séances de chimio. Moi qui riais alors qu’Urli me rasait le crâne… on jouait les rockers. Encore une fois pas du tout concernée. Nadia m’avait donné des petites gélules avec des extraits de plantes. Jamais rien ressenti. Je pensais vraiment à autre chose. J’étais très gaie. Entre ses propres séances de chimio et les miennes où il tenait absolument à m’accompagner, Urli s’est épuisé. Là où j’étais il voulait être.
Et puis, mes cheveux ont recommencé à pousser, Urli en aima le côté argenté. Tu es classe, me disait-il doucement, me caressant une joue.

*

Précédent

Puissance

Suivant

Libica

  1. Bennani

    Ah ces problèmes, ma fille et ma sœur ont eu un cancer. Ma fille a bcp souffert elle dormait pas . Ma sœur allait mieux. Je ne les vu après la chimio. Bcp de notre entourage on eu cette maladie. Horrible souvenirs

  2. Caroline Dufour

    J’entends. Et bien sûr, il n’y a rien à dire.
    Sinon merci de l’écrire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén

%d blogueurs aiment cette page :