cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Photos

Après avoir classé rangé ce qui restait de papiers divers, il me reste une chose à faire encore dans ce tri. Les photos. M’en défaire. Urli voulait qu’elles soient brûlées lorsque nous ne serions plus là. De toutes façons je ne les regarde pratiquement plus. Elles sont dans des boîtes, à part les quelques-unes encadrées avec lesquelles je veux rester jusqu’à la fin. Autant s’en débarrasser avant un prochain déménagement. Je veux le faire, moi, avec gentillesse, ce matin, tôt, avant d’aller voir Cédric le coiffeur aimé. Commencer par les diapos. Les piquer, les couper aux ciseaux. Hésitation. Je tourne autour de la grosse boîte orange posée sur la table ronde. Me refais un café… Tweete un peu… Repense à ce que me disait mon médecin lorsque, devant voyager je ne pouvais faire les valises après la mort d’Urli, n’ayant plus à y mettre ses affaires. Nadia m’a dit alors tout simplement : Urli n’est pas dans la valise… J’ai pu partir.
Je freine l’émotion. Soulève le couvercle. Pas si facile le premier geste. Superstition. Je regarde le tas. Les autres boîtes, plus petites. En automate, me lève de la chaise, pars faire le lit, laver les tasses, prendre une douche… Et reviens, remercie Nicéphore pour son invention… du grand n’importe quoi. Finalement je prends une grande respiration et retire d’un geste sûr les premières diapos des planches plastiques, je coupe nettement, au milieu. Je ne regarde pas. Ne pense pas. Je coupe. Je coupe. J’imagine que j’aurai la même facilité avec le noir et blanc. Les négatifs. Les planches contact. Sauf que… les tirages, les tirages, je ne peux pas. Je ne veux pas. Ce n’est pas une question de tristesse, d’accablement. Sans leurs visages sur ces tirages, leurs regards, leurs sourires, je sens ma force s’effriter immédiatement. La gaieté de leur présence je ne peux m’en passer.

*

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Reine d’un jour

  1. Bennani

    Souvent je pense la MM chose avec mes livres mes objets . Les enfants sont loin en Europe. qui peut les prendre . Rien n’est rangé je vis dans le désordre . J’aime l’ordre mais pas question de le faire. La fin approche, je n’ai pas peur je ne serais pas là pour le savoir disent les philosophes .

  2. Je me demande souvent si les photos numériques échappent plus ou moins au temps que les argentiques. Quand je vois des images anciennes en noir et blanc, j’ai l’impression qu’elles ne sont pas virtuelles…
    Mais je n’irai pas jusqu’à les faire disparaître volontairement puisque les temps modernes s’en chargeront peut-être ! 🙂

    • admin

      c’est vrai. Elles touchent les photos argentiques…
      On vient de me proposer de travailler de nouveau pour une agence de presse. Choisir les photos à scanner, prendre le temps. J’ai refusé. L’envie s’en est allée.

  3. admin

    Bonjour, en fait les photos sont sur mon compte Twitter : anna urli-vernenghi ou Instagram
    Merci à vous.

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