Tenir un journal, c’est devoir être totalement sincère. C’est parler du plus vrai de ce qu’on porte en soi. C’est en extirper l’intime. Sans chercher à plaire, à séduire ou apitoyer.
L’intime. La meilleure chance de rejoindre autrui. De le rejoindre dans ses doutes, ses peines, ses peurs, ses chagrins, ses préoccupations, sa solitude…
Il me faut rappeler cette évidence qui paraît contradictoire et qu’on renâcle à admettre : c’est par le singulier qu’on accède à l’universel…
Pour le dire autrement, il faut être sans complaisance avec soi-même, dissoudre le moi dès qu’il se manifeste, le moi étant l’égo, foyer de l’égocentrisme, le moi qui ramène tout à lui-même et qui se croit le centre du monde. Le moi a une forte présence dans notre psyché. Ses activités sont multiples. Il est un fouillis de désirs, d’avidités, de volonté de puissance et de domination.
Mû par une nécessité intérieure, j’ai travaillé à déraciner ce moi qui ne cesse de réapparaître. Ce fut une longue affaire. Je voulais me connaître, savoir qui j’étais. Il me fallait pénétrer au plus loin de ma mémoire et de mon inconscient. Pour me libérer de mes entraves et de ma confusion. J’avais un besoin ardent de me clarifier, de me centrer, de m’unifier… Le besoin de devenir moi-même.
En bref, pour parler de soi avec lucidité et détachement, il faut :
– être déjà parvenu à être simple, ce qui suppose de ne plus avoir une image de soi, qu’elle ait été flatteuse ou amoindrissante,
– se couler dans les mots avec un maximum d’objectivité,
– simplement rendre compte de tout ce qui est capté. En toute neutralité. Sans se juger ni se justifier…
Comment éviter de commettre des erreurs ? Si la connaissance à laquelle j’aspirais m’avait été donnée dès le départ, je n’aurais pas eu à parcourir ce long chemin pour l’obtenir.

CHARLES JULIET
LE JOUR BAISSE — JOURNAL X 2009 – 2012