cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Un gentleman

Certes, il fait frisquet ce dernier samedi de février, mais quelle lumière. Qui inonde la pièce à vivre. Du coup, j’ai laissé le bureau, me suis installée à cette table sur laquelle vent et soleil créent leurs ombres magnifiques, mouvantes. Face à la présence étonnamment rassurante de ces anémones roses parmes violettes qui donnent tout ce qu’elles ont, je veux reprendre là certains billets de l’année dernière, dont un qui me tient à coeur. Je l’avais supprimé, le trouvant mal écrit. Pas sûr qu’il s’en sorte mieux aujourd’hui.
Va! m’a dit l’envie.

Reprenons l’idée.
Donc,
J’étais joyeuse ces derniers temps. Réactive. Les ébauches, prometteuses. Je ne demandais rien d’impossible. J’étais prête.
Je demandais du nouveau… Quelque chose.
— J’lai eu —
J’étais pas de taille. Un malentendu a tout foutu en l’air.
Un vrai de vrai.
J’ai pas su faire avec cette nouveauté là.
Il faut dire que je ne m’y attendais pas. Lui et moi, et oui, nous revoilà, mais d’une façon détournée, que je ne peux expliquer ici. Notre rencontre ? Un prélude. Une fugue. Un adagio. Une fugue. Je n’ai rien voulu entendre des alertes des amies, n’écoutant que mon seul instinct, T’inquiète !… J’étais si bien dans mon étonnement. J’aimais ses mystères. J’aimais sa douceur, ses mots, son visage, son regard. Ma bulle était une bulle à merveilles.
— Mais pourquoi je m’exprime à l’imparfait ! c’est absurde —
Est-ce dû à mon côté italien, il y eut très vite bien du grabuge, bien des confusions, bien des séparations. Mais les mots qui nous séparaient, ne nous lâchèrent jamais, réactivant toujours ce lien étrange entre nous, signant les retours à petits pas tantôt de l’un, tantôt impétueux de l’autre.
Une vraie Commedia dell’arte.

Les faits.
Lorsque Noël arriva, les vacances de Noël, je compris que le gentleman à qui je croyais avoir affaire, un gentleman à la Borges, et bien peut-être ne l’était-il pas tant que ça, gentleman. Ça me navre ce que je dis là. On peut écrire Regarde ce que je lis ! sans que cela arrête la Terre de tourner. Non. On n’a pas le droit. Ça ne rentre pas dans la bonne case. Le bon timing. Il a fallu me rendre à l’évidence. Alors, le 31 décembre, devant cette peur, face à cette absence de vie, de liberté, d’esprit d’ouverture, de gentillesse, j’ai arrêté la petite histoire. Stop. Me suis offert un pantalon patte d’eph, une chemise blanche à froufrou et suis allée à une soirée.
L’histoire est malicieuse. La Providence est malicieuse. Pour ça que j’l’aime ma petite histoire. Elle remit deux fois sur mon chemin l’existence de cet homme désenchanté par un biais d’une surprenante complexité, qui mériterait à lui seul un récit. J’en pris de nouveau pour mon grade. Je parle là moral, santé, émotion. Je retrouve d’un coup en vrac, son chemin, ses sauts d’obstacles, son égoïsme, son attachement, son charme.
Banalisons, banalisons… lui ai-je écrit alors.
Je ne suis pas digne de Borges, mais cela tendait vers le chemin aux sentiers qui bifurquent. Il y avait tant de chemins. — À quels chemins pensait-il, moi, qui n’ai connu que ses sens interdits. Borges, dans un de ses poèmes parle d’une fenêtre ouverte sur la vie. J’y ai vu là, me concernant intimement, qu’il avait été Lui, quoi qu’il fut, le bon chemin pour me ramener à la vie. Bingo ! Malentendu. En égocentrique fini, qu’a-t-il été penser ? Je ne le saurai jamais.

Finalement,
Il n’a pas dû aimer ce jardin où j’étais.
Il n’a pas dû aimer ce sentier.
Il n’a pas dû aimer cette bifurcation.

Et toi, qu’en penses-tu ?
Tu aimes toujours les jardins.
Tu aimes toujours les sentiers.
Tu aimes toujours les bifurcations.

Termine sur une virgule,
Bifurque Anna,
Bifurque,

*

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  1. Ce matin, Sollers (à défaut de Borgès) était sur France Inter. Il a cité André Breton et n’a rien perdu de son franc-parler, ça fait du bien. 🙂

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