Samedi matin.
La maison sent bon. On voit qu’elle est rangée, sans être figée. Je ne veux pas qu’elle soit sans défaut, ni sans ce rien de poussière sur un ou deux livres. La musique, pour l’instant rien que pour Erri et moi; elle donne tout ce qu’elle a. Les fleurs de Stanislas devant moi, dans ce pichet vert trouvé chez l’ami Philippe. Répondre à quelques messages écrits. Passer deux coups de fil. Prendre ces photos du rendu de la lumière. Rien n’y fait, je reste éblouie ; les ombres du bouquet jouent sur le dossier rouge de l’histoire en cours d’écriture. Je les regarde faire… Rien n’y fait, s’immisce en moi, mine de rien, le trac, ce foutu trac. Se dire qu’avec la répétition je m’y habituerai à ces visites, jusqu’à ce qu’une personne dise enfin simplement : Oui.
Pourquoi ce titre, Un lendemain ? Hier, Catherine m’a mise devant mes contradictions. Elle n’y a pas été avec le dos de la cuiller. Toujours cash Catherine. Ce qui est bien cette fois, il semblerait que ma tête ait compris le message. Donner sa chance au produit, en quelque sorte. Donner sa chance à l’avenir. Ne pas se cabrer, rester figée sur quelques heures de sidération.

Samedi après-midi
Marie est là. Le premier visiteur arrive. Timide. Il regarde. Il aime. Il tourne et retourne dans les pièces. Je le sidère, le décontenance, lorsque je lui montre les vidéos du soleil avec Mozart et les ombres portées, le chant du merle le matin. Il aime cet endroit. Marie, lucide, parle finances.
La seconde visite . Un jeune couple avec parents. Ils tombent en amour.
Je ne sais que penser.
Marie reçoit alors une troisième demande de visite. Un autre couple. Très jeune aussi. Aussitôt en amour eux aussi avec ma maison.
Marie reste constante. — Financement.
Je me sens spectatrice. Je suis au théâtre.
Il faudrait quand même que j’me réveille…
Un autre rendez-vous vendredi prochain, sûrement d’autres dans la semaine. Que vas-tu dire, que vas-tu faire lorsque tu devras donner une réponse.
Avec Marie nous ouvrons une bouteille de Champagne après cette première journée intense. Partageons deux trois trucs à grignoter. Nous parlons de nos vies. De nos hommes. Des enfants. De l’étrangeté, de l’inattendu. De l’amour qui va revenir pour l’une comme pour l’autre, ça ne peut se finir autrement, n’est-ce pas ?


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