cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : avril 2021

Un moineau de Paris

Je ne m’attendais pas à le voir arriver, se poser dans un des bacs des fenêtres au 4e étage de l’appartement où je vis. Qu’il puisse voler si haut. Un moineau. Un petit moineau de Paris. Je les vois, les moineaux, au Jardin, oui. En groupe. Ils font d’ailleurs grand bruit dans les feuillages. J’adore ça. Dans les rues de la ville, leur présence est discrète, on ne les entend pratiquement plus. Eux qui picorent au sol la moindre graine, ne trouvent que routes et trottoirs bétonnés. Quelques jardins. Quelques parcs. De moins en moins de moineaux.
Il était donc là le moineau. Posé près du rosier. Il regardait la boule de graisse accrochée à un pic sur le jasmin. Peut-être à vingt centimètres au-dessus de lui. Il semblait désarmé. Indécis. La regardant. Voyant cette nourriture inaccessible. Il ne savait pas, lui, l’oiseau des trottoirs, qu’il fallait s’agripper à la boule.
Il ne savait pas.
Ce détail qui change tout m’a bouleversée.
Je vais essayer de trouver un truc, s’il revenait.


*

Le pain au lait

Vraie matinée de printemps sur Paris. Le bleu du ciel va se renforcer. Le soleil s’annonce simplement. Il est là. Peu de gens dans la rue. Nombreux sont les parisiens ayant décampé pour ces vacances pascales. La petite boulangerie de la rue est ouverte. Pas une de ces boulangeries ultra-moderne, ultra-chic. Non, une simple boulangerie de quartier. Vous entrez, vous sentez les odeurs des pains. Bonjour ! Bonjour ! vous répond-on illico.
Il y a les gâteaux du jour. Les sandwichs et les salades pour le déjeuner. Comme il se doit, croissants, brioches, pains au chocolat, aux raisins, à la pistache… Je ne sais pourquoi j’opte pour un pain au lait.
Et là, le flash. Urli, son allure de mec rock à qui on ne la fait pas, demandant à la boulangère : Un p’tit pain au lait, s’il vous plaît. Vous pourriez le trancher sur la longueur, je voudrais mettre une petite tablette au chocolat. Oui… celle-ci, la Suchard.
Heureux en sortant de la boulangerie avec son petit pain au lait. À chaque fois il me faisait un clin d’oeil, comme pour dire : tout roule et je t’aime.

*

L’entité

Donc, Yass, pour revenir à lui, me dit à la fin de la séance : Appelez Marie-Françoise P… Elle retire les entités. Les liens qui entravent. Des années que je voulais rencontrer une femme comme elle. Elle a près de 80 ans en paraît 60. Elle vit en Belgique et va vous faire ça par téléphone. C’est rigolo, ne coûte pas grand chose et ça marche. Je raconte l’histoire à ma voisine l’autre soir lorsqu’elle m’invite pour l’apéro. J’ai déjà entendu parler d’elle, c’est curieux, me dit-elle.
Je laisse donc un message à Marie-Françoise. Qui me rappelle. Une voix douce, calme, musicale. Je lui explique le cas. Très bien dit-elle, je m’en occupe.
Je reçois peu de temps après un sms. Vous avez une entité au 4e étage, dans votre appartement, et Yass a raison, il y a une entité infiltrée en vous, cet homme a mis sciemment son empreinte. Je m’en occupe.
Peu de temps après, un bref sms pour me dire que le nettoyage des deux était fait. — Bon– Le Grand nettoyage de printemps en quelque sorte !
Le ressenti ? Pour l’appartement, c’est impalpable. Par contre, pour l’intérieur du corps, c’est quand même fabuleux. Deux jours après je sens très nettement, sous la taille à gauche, une souplesse retrouvée. Une dureté dont je n’avais pas conscience. Disparue. Je rappelle Marie-Françoise.
Comment savoir si l’entité ne va pas revenir ?
– J’ai bouché tous les accès. Le mental tourbillonnant par contre n’est pas facile à arrêter, mais tu y arriveras.

*

Il devait justement rester une miette tourbillonnante dans la tête.
Figurez-vous qu’hier matin je suis réveillée par un rêve, peu après 3 heures.
Je suis avec Catherine dans le hall d’une gare ou d’un aéroport. Rien ne fonctionne. Il fait très chaud. Tout le monde est assis par terre. Se laisse aller. Se débraille. Je vois l’homme en question, l’entité. Il est seul, assis contre un mur. Visage sans expression. Je vais le rejoindre en avançant à 4 pattes, passant dessus jambes, et bras. J’arrive à lui et lèche son visage comme s’il était un bonbon. Il reste figé. Me prend alors la main ; m’empêche de repartir. C’est le mouvement que je fais pour me dégager qui me réveille.
De bonne humeur. Pas triste du tout.
Libérée, totalement.

*

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