J’ai déposé mon cerveau, pris un billet d’avion, réservé un hôtel et suis partie à Ibiza. J’ai déposé mon cerveau pendant cinq jours. Ça fait un bien fou. Un vrai repos. J’ai lu, marché sur le sable, dîné, ri avec des personnes rencontrées dans l’avion, des vrais hippies de 70 ans, pensé à rien de compliqué.
J’ai déposé mon cerveau.
Voilà tels quels les premiers mots de Marie, lorsque je l’ai vue hier.
J’ai déposé mon cerveau ! Cette formule m’a scotchée et j’ai décidé illico de la faire mienne le plus vite possible, même si c’est pas gagné dans l’immédiat.
J’ai adoré l’appartement à louer que nous avons visité hier ensemble. Il est situé juste derrière le jardin, dans une rue calme du quartier, l’immeuble est une beauté si on aime l’Art Nouveau, le style William Morris. Les rebords des fenêtres sont suffisamment larges pour que Stanislas puisse y mettre des pots bien plus larges pour les plantes. La salle de bains fait penser à la salle de bains d’une maison au bord de la mer.
MAIS, la difficulté c’est la norme. Je n’entre pas dans les normes de l’immobilier locatif. Et même si je propose de mettre chaque année l’intégralité d’une année de loyers sous séquestre, je ne perçois pas assez de revenus mensuels selon leurs critères. Le comparatif m’échappe.
Sur les conseils judicieux de l’agent immobilier présent qui a compris la proposition mais doute du résultat, j’ai donc adressé un mail au propriétaire de l’agence. Il est très soucieux de ses clients. Je comprends cela.
J’ai commencé ma lettre, vous l’croyez, par une faute d’orthographe dans son nom de famille, j’me foutrai des baffes, (et pourtant me suis relue). J’ai évité les adjectifs magnifiques et tenté de rester pragmatique. Lui ai fait un bref topo biographique. La vente de ma maison. Le montant. La proposition pour les loyers. Mets bien la somme, mets des chiffres m’a dit Marie.
Pas pu m’empêcher d’ajouter :
On pourra objecter que, sur un coup de tête, je puisse m’offrir une Ferrari, mais je ne sais pas conduire. On pourra objecter que, sur un coup de tête, je puisse m’offrir un bateau, mais je ne sais pas nager.
Voilà où j’en suis. Je ne sais quel sera le verdict. Si le pouce sera levé ou non…


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