cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : juillet 2021

AR 24 : Code à usage unique ou Code dynamique ?

J’ai donc vécu chez ma notaire la journée la plus surréaliste de ces derniers jours. Après la vente de l’appartement, le rendez-vous pour la promesse d’achat du nouveau lieu de vie.
Jusqu’ici tout va bien. Présentation. Politesse d’usage. Un thé ? Un café ? Un verre d’eau ?
Le papier n’existe pratiquement plus. Tout se fait par téléchargements. Ce que je peux comprendre et saisir. MAIS, le moment culte dirai-je, reste pour moi l’envoi de confirmation du contrat, via des Lettres Recommandées électroniques. Un grand moment.
Nous avons le choix de nous connecter pour les recevoir ces AR 24 par CODE À USAGE UNIQUE ou par CODE DYNAMIQUE.
Ah ! le code dynamique :
« Vous pouvez télécharger une application mobile comme : GOOGLE AUTHENTICATOR !
GOOGLE AUTHENTICATOR, on en rêve, ou FREE OTP, et scanner le QR CODE en bas de la feuille fournie.
Vous préférez le CODE À USAGE UNIQUE ? — Soit !
Pour cela vous allez utiliser les codes à 6 chiffres dans un ordre de a à t . Chacun d’eux n’est utilisable qu’une seule et unique fois. Vous n’oublierez pas alors de penser à rayer un code à usage unique déjà utilisé.
Mal à la tête ?
J’acceptai de passer par tous ces bidules puisque j’étais déjà loin de tout ça, rêvant sans complexe à ce petit salon d’hiver que nous voulons réaliser là-bas.

*


Je regarde et j’écoute

En fait, tout est sens dessus dessous, le séjour est cerné par les cartons de livres, d’ustensiles, de tous mes bidules. J’ai fait le lit sans me dire c’est la dernière fois, je l’ai fait tout simplement. Toutes fenêtres ouvertes, l’appartement n’est pas encore baigné de son soleil d’été. J’écoute. Les hirondelles filent comme elles savent faire. Leurs cris avec les roucoulements de quelques pigeons, en bas, d’une mésange qui enchante, d’abeilles discrètes autour des jasmins, une mouche qui fait un passage rapide dans la pièce et repart fissa, sont les seuls bruits autour de moi. J’écoute. Je regarde. La table ronde est dans le salon, où se trouve l’amas de fauteuils, chaises, dessins et peintures emballés. Une tasse de thé infuse près de l’ordi. Envie d’écrire, de voir défiler les lignes les unes après les autres. J’aime ce bruit des doigts sur le clavier. Parfois je m’interromps, non pas pour chercher quelque inspiration, non, pour m’imbiber.
Une cloche sonne trois fois. — 9.45.
Demain je pars pour un ailleurs intermédiaire.
Demain je promènerai Erri près des arbres dans un autre jardin.
Demain j’attendrai de voir les dessins du nouvel appartement que me concoctent Yannick et Jean-Baptiste.
Demain j’aurai envie de cette Normandie. En Septembre j’irai.
Je Je Je, comme si je maîtrisais les choses. Tout cela n’est pas bien important.
Dieu ! que j’aime ce ciel. Cette ville. Mes voisins.

*

L’acqua alta

Tu es amoureuse ?
J’adore poser cette question de midinette à l’amie à chacune de ses rencontres.
Elle n’en a d’ailleurs pas tant que ça, indépendante comme elle est.
Cette fois c’est différent. Il y a un « Peut-être » annonciateur de beau temps.
Déjà, le chat de l’un s’accorde de façon inattendue avec le chat de l’autre, un foutu caractère.
Déjà, ils partagent le même goût pour les randonnées ardues. L’île où ils vivent.
Il a d’abord aimé en elle sa voix.
Elle a d’abord aimé en lui qu’il lui demande de parler avec lui.
Ils se sont rencontrés lors d’un concert classique dans un lieu magique de leur île.
J’ai déjeuné avec elle l’autre jour. Tu es amoureuse ?
Un silence… Peut-être, il me manque…
Je ne veux pas précipiter les choses, ajoute-t-elle.
Je ne sais comment m’est venue l’idée.
Tu me fais penser à Venise.
Venise qui se protège de la montée des eaux par ses digues.
N’aie pas peur de l’Acqua Alta.

*


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