D’abord la gêne, l’agacement, une jalousie sous-jacente, agaçante, à la lecture sur Twitter de textes écrits par des personnes sur leur père. Mon père… mon père… mon merveilleux père. Alors j’ai fait une séance d’hypnose avec Catherine pour me laver de ces sentiments. Les larmes, encore, coulèrent.
L’autre matin, la lecture d’un nouveau texte déclencha on ne sait d’où un autre ressenti. Le désir. Un désir flamboyant de père. Un désir de sourires, de rires et de repas. Un désir de Bonjour ma fille !
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Ecrivez sur votre père, a dit alors l’amie sur Twitter
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Maman ne m’en a jamais rien dit. Jamais je n’ai rien demandé. Ne pas déranger. Ma grand-mère ne savait rien. M’a aimée comme j’étais. J’ai eu la chance à l’école de ne pas connaître la méchanceté de certains enfants pour ceux qui, comme moi, sont sans père légitime (quel adjectif !).
— Ma marraine m’en a dit quelques mots. Un homme marié. Des enfants. Est-ce vrai ? Elle m’a montré une petite photo en noir et blanc. Une photo prise dans le jardin de la maison du Vercors, un jour de soleil en juillet. Anna, 4 mois, ces mots écrits à l’encre noire. Je me vois la tête toute ronde, une vraie lune, quelques brins de cheveux blonds poussant là et là, vêtue légèrement, il devait faire chaud. Je suis dans les bras d’un homme blond, en chemise blanche, manches relevées aux coudes, jeune, grand, mince, l’air gentil, qui me regarde, étonné. De l’autre côté de l’image, maman, en robe d’été à pois, ses longs cheveux bruns en toute liberté. Elle fixe l’appareil.
Voilà, c’est tout du trio d’un jour.
Maman a toujours été amoureuse des montagnes, des alpages. Avec une amie, elles allèrent vers Chamonix en vacances ces années-là. Elles y campaient. Je pense que c’est là, un jour de juillet qu’elle le rencontra, ce garçon, cet homme, qui devint mon père. Je dis ça, parce que je suis la règle simple de l’enfantement, 9 mois. Se sont-ils au moins aimés ? Pas sûr pour maman. Impitoyable à la moindre faute. Je veux croire que oui pour lui. Il a aimé cette sauvage, cette sensuelle.
Ce n’est certes pas elle qui lui apprit ma naissance. Orgueilleuse comme elle fut. Ma marraine je pense servit de go-beetween. Il devait vivre pas bien loin, dans ces montagnes.
Je suis certaine qu’il a cherché à me retrouver à Paris. Maman, seule, a pu l’en dissuader.
Il n’a pas assez insisté. Et n’a rien su de l’humour du Ciel.
Chaque jour maman était ramené au visage de l’homme en voyant le mien.
Je porte son héritage. Ses taches de rousseur.
Sur mon nez, elles ne sont pas effacées par le temps les taches de rousseur de mon père.

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