cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : janvier 2022

Machines et Echelles,

Elles sont parties. D’abord les machines colorées rouge et jaune qui prenaient toute la place dans l’espace du petit appartement. La jaune surtout. Je me demande encore comment ils ont fait pour la faire grimper ici. Elle appartient à Patrice, ébéniste rocker, taiseux, toujours en noir. Je suis devenue pote avec lui en le délivrant d’un dilemme. Personne n’avait de couteau pour découper le beau saucisson qu’un artisan avait apporté. D’un geste doux j’ai sorti de mon sac le p’tit canif indispensable. — Respect !
— Un autre jour nous avons partagé le goût de la bière Erdinger. Ce n’est pas rien.
Ici, Patrice a réalisé d’après les dessins de Philippe, le dressing, portes et accessoires de la salle de bains, les petites armoires de rangements, quelques accessoires de cuisine, le vaisselier qui est un bonheur, et là il entame la réalisation d’une bibliothèque, après avoir sué avec l’oeil de boeuf au plafond de la cuisine. Sa machine jaune est précieuse. Jour après jour il s’est privé pour se l’offrir.
La rouge appartenait à toute une équipe. Elle fut la plus bruyante, la plus utilisée aussi, faisant un peu tout… c’est du moins ce qu’il m’a semblé.
Quant aux échelles, elles étaient trois. Hautes, vieilles, pleines de plâtre, de taches de peintures. Elles m’attendrissaient avec leur histoire. Ballotées d’un lieu à un autre. Utilisées avec rudesse. D’un claquement dur remisées un jour contre un mur. Toujours indispensables.
— Je les trouvais très belles, poétiques.

*


… et Mumu arriva,

Dimanche 2 janvier de cette année nouvelle. Douceur parisienne. Pas de vent. Jolie lumière, nuages magnifiques. Je peste de ne pouvoir photographier toutes ces beautés, mon téléphone ayant décidé de jeter l’éponge depuis deux jours. Pour le remplacer il faut désormais prendre rendez-vous, ne plus se présenter comme ça à la célèbre enseigne. Alors, je regarde le ciel, les rues, les maisons, les passants.
Je m’imbibe… et rentre. Un déjeuner rapide, bien bien déséquilibré…, demain est un autre jour…
Le téléphone étonnamment ne me manque pas. Les messages évidemment ne passent pas.
J’ai bien envoyé quelques mails ici et là.
On sonne brusquement à l’interphone. Emilia, la gardienne, me demande si elle peut laisser entrer une amie, Mumu, qui, inquiète de mon silence, a pris le train pour venir aux nouvelles.
Les anges veillent. Mumu, ne connaissait même pas le code de l’entrée de l’immeuble, n’était plus très sûre non plus du numéro de la rue. Mais elle a vu une dame devant une porte discutant avec deux amies. Elle a dit son inquiétude pour l’amie et demandé si l’une d’entre elles connaissait Anna.
– Mais oui, évidemment ! dit Emilia.
Quelle beauté d’un coup j’ai ressenti. Comme un grand soleil qui illuminait ces escaliers à la Hopper, où grimpait alors la si jolie Mumu ! Elle avait laissé son amoureux dans sa banlieue. Pris le train jusqu’au Musée d’Orsay pour venir voir où en était l’amie qui ne répondait pas au téléphone, ni le 31 décembre, ni le 1er janvier.
Etre aimée ce n’est pas rien.

*

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