cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Machines et Echelles,

Elles sont parties. D’abord les machines colorées rouge et jaune qui prenaient toute la place dans l’espace du petit appartement. La jaune surtout. Je me demande encore comment ils ont fait pour la faire grimper ici. Elle appartient à Patrice, ébéniste rocker, taiseux, toujours en noir. Je suis devenue pote avec lui en le délivrant d’un dilemme. Personne n’avait de couteau pour découper le beau saucisson qu’un artisan avait apporté. D’un geste doux j’ai sorti de mon sac le p’tit canif indispensable. — Respect !
— Un autre jour nous avons partagé le goût de la bière Erdinger. Ce n’est pas rien.
Ici, Patrice a réalisé d’après les dessins de Philippe, le dressing, portes et accessoires de la salle de bains, les petites armoires de rangements, quelques accessoires de cuisine, le vaisselier qui est un bonheur, et là il entame la réalisation d’une bibliothèque, après avoir sué avec l’oeil de boeuf au plafond de la cuisine. Sa machine jaune est précieuse. Jour après jour il s’est privé pour se l’offrir.
La rouge appartenait à toute une équipe. Elle fut la plus bruyante, la plus utilisée aussi, faisant un peu tout… c’est du moins ce qu’il m’a semblé.
Quant aux échelles, elles étaient trois. Hautes, vieilles, pleines de plâtre, de taches de peintures. Elles m’attendrissaient avec leur histoire. Ballotées d’un lieu à un autre. Utilisées avec rudesse. D’un claquement dur remisées un jour contre un mur. Toujours indispensables.
— Je les trouvais très belles, poétiques.

*


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  1. Il suffit de ne pas s’aventurer dessous les échelles, même avec des échasses… 😉

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