« Bonjour jeune fille ! » — c’est ainsi que j’ai rencontré René.
Je le croise il y a peu, un matin, suis encore en pyjama blanc, l’imper enfilé à la va-vite, pour sortir Erri. Il est un peu plus de 7 heures. « Bonjour jeune fille ! » — une voix masculine. Gaie. Me retourne et je vois ce que l’on appelle un clochard un miséreux un mendiant un gueux un déguenillé un clopinard… un homme tout simplement qui n’a pas de domicile. Mais lui n’a pas cet air d’abandon que l’on voit sur nombre d’entre eux. Il est vêtu d’un pantalon marron sali et d’une parka bien chaude heureusement.
Une soixantaine d’années. La clope au bec. On sait d’entrée que c’est sa copine, la clope.
Certes il porte la fatigue sur ses traits, la peau de son visage est sèche du froid, du vent des saisons. Le regard est clair, doux. — Il porte ses cartons qui ont dû lui servir à se protéger la nuit, et les cale derrière les barreaux d’une fenêtre d’un immeuble en restauration, dans la rue où je vis. Donc, il dort pas bien loin d’ici. — Bonjour ! et je souris — Je n’ai pas un sou sur moi. Alors, parlons. -Oui, le petit chien s’appelle Erri, du nom d’un auteur italien que j’aime, puisqu’Erri est né l’année des E, le prénom était tout trouvé. Il a bien 12 ans maintenant. Oui, il n’est pas du tout infernal, plutôt du genre patient – Comme moi, alors ! (et de sourire).
Et vous ? c’est quoi votre petit nom ? — Anna. Ah ! Anna, quel beau prénom, bien de la littérature…
Moi, c’est René. Plus simple. — Allez ! belle journée !
Et bien figurez-vous ce matin, « Bonjour jeune fille ! »….