À fond, Triple concerto, un soleil du jour, un bleu, net, là-haut, qui me mènent à un 1er mai dans ma banlieue rouge près de Paris. Même bleu, même soleil, chaleur plus forte si je m’en souviens bien. La musique plus fracassante mais adorée. J’allais porter ce jour-là une robe bien mini-mini violette, imprimé psychédélique, à manches courtes. Ma grand-mère, vêtue d’une de ses blouses noires, enfilant une veste toute aussi noire, m’embrasse. Me dit : Je t’ai préparé un repas froid. Je vais voir les Camarades et rentrerai en fin de journée.
— Mais tu sais bien que je vais manger une pizza avec Urli.
Ma grand-mère alors, pose son sac noir sur la table, laisse passer quelques secondes ; sa voix douce me transmet son inquiétude. C’était le moment de l’exprimer : Pourquoi tu es amoureuse d’un Italien ? Il va te battre, passer ses journées au café à jouer aux cartes et il te prendra tes sous.
J’ai compris ce jour-là que le mot « amoureuse » lui échappait totalement, comment ne pas être bouleversée. — Que répondre, sinon le banal « T’inquiète pas … »
Quant à savoir où était maman ce jour-là, mystère…

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