cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Catégorie : Essai (Page 1 sur 6)

les coups de foudre – Jacqueline Risset

Les coups de foudre sont impersonnels. On l’oublie, le plus souvent, à cause de la question de l’objet. L’objet, presque toujours, se met à la place principale, et n’en bouge plus, jusqu’à extinction de l’ensemble. Mais ce n’est pas ainsi, parce que la foudre, dans ce cas comme ailleurs, arrache brutalement à la trame, à tout l’alentour. Arrache par conséquent celui qui le vit à ce qu’il était avant de le vivre. La personne précédente n’est plus, la continuité se perd, renonce. On recommence, à tous azimuts. Qui recommence ? On, précisément (…)

Il semble, dans les moments aigus où la perception de la vie est très forte, qu’il y a un devoir de tout dire, de tout écrire, ou peindre.
Par moments s’avance, l’évidence contraire – qui n’est pas de l’ordre du devoir, évidemment, puisque le devoir ce serait l’autre, le récit minutieux, appliqué. C’est une sorte d’appel enjoué, inspiré. Ne rien noter, laisser la vie se disperser dans l’oubli ou l’éclat imprévu des réminiscences – retourner tranquillement au rien qui la borde et la tient en secret.
Mais surprendre le secret en disant, en décrivant les points où quelque chose a lieu  ces noeuds étranges.

Ou simplement écrire, comme un hommage – inutile certes – à ce qui est.
Ce qui est : brille.

Les instants
les éclairs

Les souvenirs – Erri De Luca

Les souvenirs ne sont pas des archives, ils ne sont pas un répertoire, un agenda. Les souvenirs sont des coups qui éclatent de l’intérieur, qui te sautent à la gorge à l’improviste et toi, tu te rappelles une chose que tu avais complètement oubliée. En somme, les souvenirs sont des bombes à mouvement d’horlogerie, qui explosent loin dans le temps : s’ils frappent vraiment, s’ils affleurent, alors je les mets par écrit, je les arrange, je les fixe, parce qu’ils m’ont donné un coup que je veux essayer d’étourdir, en écrivant plutôt qu’en buvant (…)
J’écris mes histoires, mais je ne rédige pas des procès-verbaux précis. D’habitude, j’essaie d’entrer dans les histoires en cherchant à donner une autre possibilité aux personnes. L’écriture est plus « enfiévrée », elle tente de restituer à ces personnes un peu de rapidité de réflexes, d’affection réciproque aussi, une occasion de rencontres entre elles à peine ébauchées alors, mais jamais abouties car entre-temps la vie s’écoulait.
Il ne s’agit pas proprement de faire arriver les choses d’une manière différente – je ne les change pas, je ne peux changer la vie passée, la corriger -,  je donne cependant aux personnes d’alors une autre possibilité de se dire ce mot-là, d’échanger entre elles un peu plus que ce qu’elles purent se donner, se dire, se transmettre. De se faire plus mal aussi (…)
Brodsky dit dans un vers de ses Poésies italiennes : « Dans le passé, ceux que tu aimes ne meurent pas. » Dans le passé, ils sont tous là, prêts, tu les rencontres, tu les retrouves tous. Pour un homme né au milieu du siècle passé et qui a donc accompli depuis longtemps la plus grande partie de ses actions, le passé est toujours plus vaste, plus abondant, plus large, c’est un champ où se renouvellent les rencontres avec des personnes auxquelles on ne peut donner rendez-vous que là seulement, en arrière, dans l’écriture. Au moment où l’on décrit ces personnes, on les rencontre à nouveau et puis on en prend définitivement congé, parce que l’écriture donne un congé définitif au temps passé : au moment où on les retrouve, on échange un dernier salut. L’écriture rentre dans la catégorie des meilleures rencontres.
Je suis ami avec le temps qui passe. J’aime  qu’il s’en aille ainsi, au galop.

                                                             Essai de réponse

Quel est le scandale de Picasso ? Sa solitude – Philippe Sollers

Quel est le scandale de Picasso ? Sa solitude. Tout le monde s’est efforcé, et s’efforce encore, de la nier, de la minimiser. Le spectacle fait son travail de dénégation, mais Picasso a su s’en servir. « C’est le succès, dans ma jeunesse, qui est devenu mon mur de protection », dit-il à Brassaï. Brassaï, alors, lui cite Nietzsche : « La meilleure cachette est une gloire précoce ». Et Picasso : « Tout à fait juste. C’est à l’abri de mon succès que j’ai pu faire ce que je voulais. »

Il veut parler, bien entendu, des époques d’autrefois, bleue ou rose, celles qui ont précédé le saut dans l’inconnu dont ne ne dira jamais à quel point il était risqué. Mais il faut aussi entendre, n’en doutons pas, une déclaration de désinformation constante par rapport à la société. C’est une stratégie, elle mériterait une étude à part.

Quoi qu’il en soit, Gertrude Stein a senti l’essentiel : « Il renouvela sa vision qui était celle des choses comme il les voyait. On ne doit jamais oublier que la réalité du XXe siècle n’est pas celle du XIXe. Pas du tout. Et Picasso était le seul à le sentir en peinture. Absolument le seul. De plus en plus, sa lutte pour l’exprimer s’intensifia. Matisse et tous les autres voyaient le XXe siècle avec leurs yeux, mais ils voyaient la réalité du XIXe siècle. Picasso était le seul qui voyait le XXe siècle avec ses yeux et voyait sa réalité, et en conséquence sa lutte était terrifiante, terrifiante pour lui-même et pour les autres, parce qu’il n’avait rien pour l’aider, le passé ne l’aidait pas, le présent non plus, et il devait faire cela tout seul. »

Gertrude Stein écrit ces phrases en 1934. Six ans plus tard, elle admire Pétain au point même de vouloir traduire ses discours. Le malentendu était donc total. Gertrude trouvait que Picasso avait un défaut très grave : sa sexualité. Une sexualité « dirty », pensait-elle. De son point de vue, elle n’avait pas tort. C’est d’ailleurs ce qui l’a empêché de prendre Joyce au sérieux.

Picasso, le héros

Le banquet de langue – Alain Borer

Parler la langue française, c’est être attablé avec Jean Racine, Louise Labé, Guy Debord, Marceline Desbordes-Valmore, Henri IV, Léopold Sédar Senghor, Louis XIV, Camille et Paul Claudel, Marguerite Duras ou Marguerite Yourcenar, Rutebeuf, Marie Laurencin et Nicolas Poussin, tant et tant d’autres en un banquet où tout le monde se comprend.

 » La langue évolue ! », tel est le seul argument de ceux qui n’y entendent rien, piteuse réaction le plus souvent à une éventuelle faute qui leur a été signalée. Sans doute, nous parlons dans une « langue soumise au temps » (…) ; la langue évolue et le temps passe et le fleuve coule, cela est bien vrai (…) les règles de grammaire ne sont pas les Tables de la Loi ; elles évoluent : ce sont même leurs variations qui permettent de décrire leurs principes ; le seul problème est de savoir à quelle vitesse et dans quelle direction.

Les mots aussi sont de passage. Tous les mots sont – de passe. Mais ils se transforment différemment, à la vitesse d’un visage, ou à la vitesse d’un paysage. On disait « neantplus » en 1504 qui devient « non plus » en 1529 : cette locution a changé en une génération, mais on dit « non plus » depuis cinq siècles – à la vitesse du temps qu’il fait, puis à celle de la géologie. Et tel un ciel d’automne la langue ne change pas au même moment au même endroit, ainsi dans la campagne de Rabelaisie s’entent parfois encore « souventesfois »…

De quel amour blessée
Réflexions sur la langue française

Dépaysements – Anne Dufourmantelle

Une ville, on en part un jour. Pour changer d’horizon, rompre avec les habitudes, aller voir ailleurs. La routine nous lasse, la chaleur nous donne envie de déserter ces allées trop fréquentées pour s’échapper un peu, prendre le large. Descartes nous disait qu’on pouvait trouver le monde entier auprès d’un poêle, dans une chambre. Tout est là, certes, et nul besoin d’ailleurs pour y trouver le monde. Il suffit d’être attentif, d’être « à soi ». Oui, mais Descartes qui, le premier, fut un grand voyageur, bretteur, duelliste, a pris des risques, franchi des frontières illicites, s’est risqué dans des territoires interdits, ce n’est que tard dans sa vie qu’il s’est enfermé dans une chambre. Socrate va trouver la Pythie, il fait ce long chemin tout à fait physique, difficile, fatigant, pour s’entendre dire : « Connais-toi toi-même. » Et s’il fallait aller très loin pour pouvoir se risquer au plus près de soi ? Nous sommes des êtres fragmentés, un feuilletage qu’une unité fragile et toujours renouvelée voudrait résumer en disant « je ». Mais ce je, comment saura-t-il qui le compose, ce qu’il aime, ce qu’il désire, s’il ne se risque pas hors de lui-même pour, enfin, après revenir à soi ? Le dépaysement est l’image de ce trajet peut-être essentiel qui voudrait qu’on se perde pour se trouver. Nombre de textes de sagesse font état de cette nécessaire déprise : « quittez tout et suivez-moi » ou bien encore : « il faut se perdre », et c’est alors l’errance du Petit Poucet qui vous sauve. Autre grand voyageur, saint Augustin parcourut le Moyen-Orient, une partie de l’Afrique, de la Grèce et de l’Italie pour finalement envisager la Cité de Dieu ici-bas, parmi les hommes au coeur du coeur de la raison (…) Que faire d’un trop proche ailleurs, de son inquiétante étrangeté ? C’est le monde, quelque fragment de réel pur qu’on rencontre, tel Don Quichotte, dans ce voyage sans retour. On ne revient jamais de voyage, d’aucun voyage. Quand on part, on ne revient pas le même, et c’est ce dépaysement, parce qu’il fait écho à nos fragmentations intérieures, qui brutalise nos accoutumances, tant il est vrai que nous percevons le monde avec des préenregistrements, continuellement tamisés par ce que nous pensons déjà, savons déjà, anticipons, devinons, pressentons, pour ne pas être attrapés trop brusquement par l’inouï. Ainsi va l’amour quand il est de foudre. Il offre tous les dépaysements possibles au détour de la rue d’à côté.

En cas d’amour

Les instants arrivent – Jacqueline Risset

LES INSTANTS ARRIVENT
Ils trouent la mémoire, ils révèlent, se vantent. Disent que par eux la vie vaut d’être vécue, même s’ils sont infimes, insignifiants, ou paraissant tels. On ne peut en réalité les juger à la mesure des autres moments ou aspects d’existence. En tous cas, c’est à eux qu’il faut revenir. C’est pour eux, peut-être, qu’a un sens le « il faut ». Tout d’abord s’adresser aux premiers, ceux de l’enfance. C’est d’elle qu’arrivent les images suspendues, détachées, lumineuses, celles qui font saisir la logique de la foudre. Il faut et il suffit peut-être, que l’image soit détachée, séparée par son propre choix des autres images, et du flux qui les portait.

Les instants les éclairs

c’est peut-être cela être divin – Sylvain Tesson

Quand Ulysse rentre à Ithaque, il rencontre son vieux porcher. C’est le seul qui a gardé intacts son honneur et sa fidélité. Homère n’emploie justement pas les adjectifs fidèle ou vertueux. Ce serait trop facile. Le poète emploie l’épithète « divin ». Ce mot a fait couler beaucoup d’encre. Pourquoi considérer comme « divin » un gardien de cochons ? C’est peut-être parce que « divin » exprime précisément ce que cherchent à cerner les épithètes, ce à quoi aspire l’adjectif : l’expression de l’entière manifestation de soi-même, la vérité pure, la force de ce que la présence offre au regard. Être divin, ce serait donc exhaler sa plus pure identité, sans détour, sans masque, sans maquillage (…) Ce porcher est l’homme sur qui l’on peut s’appuyer. Il n’a pas trahi. Il ne convoite rien, il garde en lui le souvenir des temps révolus. Il est fidèle à la mémoire du maître. Il ne varie pas. Il accueille le mendiant sans reconnaître Ulysse. Il est le premier homme réel rencontré après les monstres et les magiciennes. Et, de surcroît, il se révèle bon. C’est peut-être cela être divin. S’accorder à soi-même dans la pleine lumière, descendre entièrement dans sa présence, s’harmoniser à sa vibration nue, se tenir là, modestement dressé dans le rayonnement de l’existence. Est divin cet homme retrouvé tel qu’il était, vingt ans après avoir été quitté. Le porcher n’est pas devenu ce qu’il est, pour reprendre le mot de Nietzsche. Il a continué à être ce qu’il était déjà devenu : divin. Qui peut se targuer d’une telle épithète ?

Un été avec Homère

(dernière page)

Racket sur le désir – François Meyronnis

Pour capturer un être, il suffit d’intercepter son désir. « Tous les liens – écrivait le penseur le plus subversif de la Renaissance, Giordano Bruno, dans un traité intitulé précisément Des liens – se rapportent aux liens de l’amour, ou dépendent du lien d’amour ». Obéissant sans le savoir à un tel précepte, la société gestionnaire lie et domine les individus en agrippant leur désir, et en le nivelant avant même qu’il ne déroule les quadrilles de son carrousel. En lui, elle abrase tout ce qui n’est pas rassasié par sa daube.

La société gestionnaire procède à un véritable racket sur le désir. Loin de le réprimer, elle le soutient, le relance, le profile à sa guise. Mais de ce désir d’élevage, comment ne résulterait-il pas un flop ? Sous ses auspices, on sait avec quelle indigence de mots et de gestes les rencontres se nouent et se dénouent.
Cette indigence attise en chacun la soif d’amour, mais sur fond de revendication venimeuse et d’égoïsme buté. Ce qui marine dans le rebaignant psychologique ressemble donc à de la haine, quand il ne chute pas dans l’insignifiance.

Plus besoin de s’abandonner au rêve pour tomber sous l’empire des incubes et des succubes, ces démons qui abusaient hommes et femmes pendant leur sommeil – disait la légende.
D’abord, il y a ces fantasmagories de vedettes, que propage l’industrie du divertissement ; ces gestes obscènes sans arrêt filmés, enregistrés, suggérés par mille détours ; et ces images de corps, semées sous les regards comme autant de propositions ballantes, colonnes de fumée charnelles dont la seule réalité consiste en une danse des colloïdes pour suggestionner les foules, non seulement dans le but de vendre une paire de chaussures, une montre, un vêtement, une eau de toilette, un contrat d’assurance, un voyage, mais dans celui de capturer les psychismes, de faire des hommes un ramas de feuilles, des brindilles roulées par les vents de la servitude (…)

« Les deux sexes mourront chacun de son côté » ; ce vers, Proust en a fait l’un des mots de passe de La recherche du temps perdu. Mais il fallait attendre cette époque pour que le triste présage se vérifie.

De l’extermination considérée comme un des beaux-arts

L’Infini, Gallimard

Amo, ergo sum – Pound et Venise – Sollers

Le paradis, voilà ce que j’ai tenté d’écrire
Ne bouge pas
Laisse parler le vent
Le paradis est là
Que les dieux pardonnent ce que j’ai fait
Que ceux que j’aime pardonnent ce que j’ai fait.

Au poète Allen Ginsberg qui vient le voir à Venise pour lui dire son admiration, Pound déclare : « Ma pire erreur, qui a tout gâché depuis le début, a été mon stupide préjugé banlieusard d’antisémitisme. »
Magnifique formule : l’antisémitisme est en effet un préjugé banlieusard.

« Amo, ergo sum. »

J’aime, donc je suis.
L’apparition de Pound, au printemps, sur les Zattere, était un événement mythique.
Grand, droit, maigre, très beau, cheveux blancs et barbe blanche, chapeau ou pas, doge fendant lentement l’air au bord de l’eau, il paraissait venir d’une autre planète ou de l’autre côté du miroir, vieux lion indomptable. Quelquefois, assis sur le ponton, je l’observais à dix  mètres (…) Et puis, un matin de grande lumière, le voilà assis, seul, sur une chaise sous la fenêtre de la chambre où j’écris mon Paradis (nourri de Bible, de Dante, des Grecs, de Chine et de lui). Il est près du quai, contemple fixement ses mains, les triture, les pose alternativement l’une sur l’autre. Un regard, des mains. A ce moment-là, il est exactement en attente sur une corniche du Purgatoire. Les cloches sonnent à toute volée, il se lève, s’en va.
Cette scène dérobée est une des plus émouvantes de ma vie.

Dictionnaire amoureux de Venise »

Le soleil dans le ventre – Picasso, le héros – Sollers

En 1932, Picasso dit : « Au fond, tout ne tient qu’à soi. C’est un soleil dans le ventre aux mille rayons. Le reste n’est rien. C’est uniquement pour cela, par exemple, que Matisse est Matisse. C’est qu’il porte ce soleil dans le ventre. C’est aussi pour cela qu’il y a, de temps en temps, quelque chose. »
Ce qui n’empêche pas ce coup de patte : « Matisse fait un dessin, puis il le recopie… Il le recopie cinq fois, dix fois, toujours en épurant son trait… Il est persuadé que le dernier, plus dépouillé, est le meilleur, le plus pur, le plus définitif ; or, le plus souvent, c’est le premier… En matière de dessin, rien n’est meilleur que le premier jet. »
Picasso et Matisse ont été amis pendant les deux grandes guerres du siècle. En 1940, lors du désastre français, Picasso, qui refuse à ce moment-là de partir pour l’Amérique (ce qu’au fond cette dernière aura du mal à lui pardonner) dit à Matisse : « Nos généraux, c’est l’École des Beaux-Arts ». Matisse, de son côté, écrit à son fils à New York : « Si tout le monde avait fait son métier comme Picasso et moi faisons le nôtre, ça ne serait pas arrivé. » Voilà une façon comme une autre d’avertir que la guerre a lieu à chaque instant partout, dans la vie publique ou privée, et aussi en peinture. On pense à la réflexion laconique de Joyce, à la même date, lorsqu’il apprend l’ouverture du nouveau massacre : « Ils feraient mieux de lire Finnegans Wake » . Message non-reçu.
La peinture subit une épreuve de fond : c’est comme si elle devait franchir un mur du voir. On se tue en deçà du mur, on vient s’écraser sur lui. Dire des papiers collés qu’ils ont été des « machines à voir » est juste, mais il faudrait plutôt parler de machines permettant de voir plus loin que le voir, de l’entendre en s’enfonçant dans un acte. Il y a une nature musicale de l’espace conçu comme un clavier de forces, un jeu de cordes sensibles, un volume de résonances fuguées. Les tableaux cubistes de Picasso devraient tous s’appeler : fugues.

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