cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Catégorie : nouvelle

mais nous avons droit à une heure, n’est-ce pas ?

Tête toute propre, aérée, elle va chercher quelque nourriture dans la grande épicerie du coin, besoin de se sustenter. Du salé. Elle tourne dans les rayons, met dans le caddie telle ou telle chose, etc… elle tourne, elle tourne. Tourne et choisit. Il y a peu de monde. L’imprévu arrive, comme il se doit, à son heure.
Elle heurte violemment le caddie chargé de l’homme qui arrivait en face.
Bingo ! Ses fraises qui étaient bien ménagées sur le dessus passent direct en face. Et lui, un de ses sachets fermés fait le trajet inverse.
Elle rit, elle n’en peut plus.
Il rit, il n’en peut plus.
On peut partager, lui dit-il
Que me proposez-vous ? répond-elle.
Ils regardent chacun dans le caddie de l’autre. S’amusant d’y trouver tel ou tel produit.
J’avais terminé, j’allais aux livraisons.
– Moi aussi.

Côte à côte maintenant, respectant ce mètre de séparation.
Ils ont envie de se parler, ça se sent.
Elle s’entend dire alors, comme si c’était une évidence de choisir ces mots-là, et non pas « au revoir »,
J’aimerais marcher avec vous.
Il répond avec cette même évidence :
– Nous avons droit à une heure, n’est-ce pas ?

*

Romance(s) 2/2

Il commence à émerger en ce début d’été.
Il y eut ces soucis au journal. Des conflits internes, agaçants, inévitables.
Il s’insurgea – plutôt sympathique –
Rigueur. La presse va mal.
Le projet de livre avance.
Son vaste quant-à-soi est bien occupé.
L’emploi du temps roule comme une horloge exacte.
Concentration. Le maître mot.
Un peu la famille.
Une brève aventure, qui le lasse.
Il ne néglige pas de regarder la ville.
Le plaisir ? Le désir ? De quoi parlez-vous ?
Il y a belle lurette qu’il a oublié l’existence de son indésirable.

La Providence décide alors de se mêler de ce qui la regarde.
Vérifier d’abord l’état du terrain.

Sûrement il va tomber des cordes… La presse en mains, il commande un café. Il adore ce moment. La feuilleter accompagnée en sourdine des bruits du bistrot. Les percolateurs, les chocs des verres, des tasses, les commandes passées à l’emporte-pièce, les voix, les bribes de phrases au passage des clients, il s’en veut de ne jamais les noter, les pas, les odeurs, les croissants frais, pestant qu’on ne puisse plus y fumer. Assis en terrasse-couverte, il commence sa lecture. Les premières gouttes tombent, fines, très vite plus fortes. Un regard vers la rue. De tous les passants il s’arrête sur cette femme avec son gamin. Elle ouvre un sac, sort un fin imperméable, orange, qu’elle déplie, le secouant presque devant lui pour le mettre sur l’enfant. Un bref instant il est saisi par le geste, la couleur. Il replonge dans sa lecture. En tournant une page, soudain, au beau milieu des infos américaines, un flash, orange, sur le papier. Indécis, il regarde autour de lui. Rien. Un autre café. Paye et s’en va. L’averse est passée.
Pourquoi travaille-t-il sans conviction en cette fin de matinée ? Même la rumeur incessante de la rédaction semble étouffée. Dissipé, lui ? Il ne cesse de porter son regard vers la ville. On l’appelle alors.
Il échappe à l’idée.

Verdict : une légère piqure d’aiguillon.

Il n’a pas envie de ce film qu’on lui propose d’aller voir. Il veut rentrer, fouiller davantage ce chapitre qui lui prend la tête. Epuisé, il se couche tard. Au milieu de la nuit il se réveille, mal à l’aise. S’assied sur le rebord du lit. S’informe de l’heure, près de cinq heures. Il n’en peut plus ! Se tient quelques instants les coudes sur les cuisses, la tête pendante. Les cheveux ébouriffés, d’un geste vif. Trente secondes… peut-être quarante… et la rage éclate… franche. Bordel ! Elle est là. La scène se répète. Nette.
Il suit les mouvements, séquencés, de la main qui relève le pan de cette foutue écharpe orange. Chaque ellipse le laissant étourdi de ressentir intacte l’émotion qui le bouleversa.
Pas envie de se recoucher, il allume nerveusement une chaîne d’informations anglaise, américaine, française. Se fait un café. Deux. Fume. Il ne comprend pas. Il a voyagé, travaillé comme un fou. Ne veut pas s’éterniser sur le sujet. Il éteint la télé, écoute du jazz. Chet le calme toujours. Vers sept heures, la radio. Une douche. Se met n’importe quoi sur le dos et sort. La presse. Son cher bistrot. Il fera chaud aujourd’hui, les garçons commencent à installer les parasols. Les ouvrent. Orange. Ebauche d’un sourire… Bien !

Le terrain préparé, la Providence va hâter les semailles.
Elle restera surprise de la complicité de l’homme adoptant une attitude ambiguë qu’elle n’envisageait pas.

Dans ce restaurant où il est à l’aise, des amis l’ont invité à dîner. Avec eux, une journaliste américaine qui le convainc par son intelligence et son physique – physique. – Ce soir il est d’humeur à se laisser séduire.
Conversation vivifiante.
La politique ici, la presse là-bas, le foutoir ailleurs…
Avançons…
Nous en sommes au dessert. Que prenons-nous ?
Salade de fruits pour elle.
Et lui ? Abandonnant la discussion, il s’entend dire machinalement Une glace à la vanille, vous avez ?
Et là, ça recommence. Putain !
ll doit faire face. Il parvient à éviter la colère, à dominer l’agitation. Ce manque de contrôle sur ses émotions, il ne supporte pas.
Les desserts arrivent.
Il entame la glace.
Le goût de la vanille l’entraîne dans une rêverie qu’il laisse s’installer. Cuillerée après cuillerée, il repense à elle. Image d’elle, heureuse, le regardant. Conscient de cela, il déguste sa glace de plus en plus lentement. Pourquoi ? Elle l’avait tellement agacé cette phrase à la fin de son message insensé où elle lui disait son goût pour les glaces à la vanille.
– Alors, tu flânes ? annonce le copain, amusé.
Il se retient de lui foutre un pain sur le champ.
Exactement un mot qu’elle avait aussi employé.
Mais notre homme n’est pas du genre à se laisser attendrir comme ça.
On ne l’attrape pas avec du miel, encore moins avec une glace à la vanille. Quoi que…, la jeune femme n’oubliera pas la nuit d’été qu’elle passa avec notre gastronome.

La Providence s’en est allée.
En l’homme, un champ de graines, prêtes à germer.
Attendant. Bien au sec.

Le lendemain, inspiré, la nuit fut douce. Impassible veut-il, un rien amusé, sur l’ordinateur, il pointe Indésirables : 4317 !
Effaçant page après page, attentif, il cherche le message. Le trouve. Vague agacement qui ne dure pas. Il reprend le texte, minutieusement, appliqué, il cherche les mots qui pourraient le déstabiliser et le ramener à cette histoire. ça je l’ai eu… ça aussi… ça ?
Aussitôt il prend conscience de ce qu’il est en train de faire – Qu’est-ce qu’il fout là ? Quand il se voit comptabiliser les mots, une image immédiate se présente à lui, celle du Petit Poucet avec tous ses cailloux pour retrouver son chemin – C’est trop. Il abdique. Et part d’un éclat de rire d’une puissance dont il ne se croyait pas capable. Il rit, il rit, il n’en peut plus. Sidéré, le confrère d’à côté lui lance Hé bien mon gars tu es en verve !.
Il exulte !
Ils sont tous absolument ahuris.
Un de moins ! s’esclaffe-t-il épuisé.
Il rit. D’accord. Mais que ressent-il ? Un reste de fêlure c’est certain.
Il pensait l’avoir oubliée de fait.
Il se veut barricadé.
Il se veut indifférent.
Il la veut anonyme.
Compris ? impose-t-il à son inconscient pour qu’il enregistre la consigne. Mais l’inconscient doit être occupé ailleurs, ou alors il s’annonce récalcitrant. L’esprit de l’homme l’entraîne sur la trace du tout premier message. Une mer de sérénité. Il se rappelle sa tendresse, oui tendresse pour la faute d’orthographe qu’elle fit, la pirouette qu’elle eut pour l’en excuser. L’encre bleue qu’il voit comme un cadeau. Son hésitation à répondre. Elle l’intimide, cela lui plaît. Il sait. Elle saisira l’encre bleue.
Il vit mal ce rappel.
Il veut abréger.
Connerie tout ça.
Ne pas rêver.
Nécessité du concret.
Il veut en terminer.
Il efface. Un mouvement vif. Il efface.
Le prénom réapparaît. Message récent.
Même pas surpris.
Juste ce léger trouble qui persiste, à la vue du nom, du prénom.
Qu’il aime ce foutu prénom.
Elle lui a fait mal. Pourquoi ?
Il la ressent la fêlure.
Il se venge de la sensation par une méchanceté qu’il sait vaine.
Il a mal.
Il vit mal.
Ne veut pas savoir
Ne succombera pas
Ne cédera pas
Ne lira pas
Ne répondra pas
Ne pardonnera pas
Ne se donnera pas
Le geste…
suspendu,

Lassitude…

Ne l’effacera pas
Ne l’oubliera pas
Ne s’en libère pas

L’homme garde son indésirable, comme le Petit Poucet son caillou.

*



Romance(s) 1/2

En filigrane, l’encre noire dénonce comme elle l’a déçu. De la réponse lapidaire elle ne capte qu’un mot, qui la rend dingue : Malentendu. Elle va lui régler son compte aussi sec. Elle se croit forte. Elle est à côté de la plaque. La raison imposait silence. La sanction tombe. Ici et Maintenant décide-t-il, Interdiction de Passer. Inflexible, vexé, il va oublier très vite, passer à autre chose, ne plus être dérangé dans son travail, dans sa tête par cet aiguillon. Sur l’ordinateur, il a ce geste, il la pointe, d’emblée, sans regret : Indésirable. Qu’attendait-elle, qu’il se lamente ? Mais où vit-elle ? La mise à pied lui paraît absurde. Puis la brise. Elle ne se rend pas. Un jour d’été, au placard, toutes ces pensées qui faisaient les malignes, pointant le bout de leur nez, vous savez, le coup de l’engouement par imagination qui mène aussi sec à la lassitude : Amoureuse à crédit. Elle connaît son Stendhal.
Nous qui connaissons sur le bout des doigts notre Cukor notre Lubitsch notre Capra, nous sentons bien qu’ils pourraient se revoir malgré le rideau tendu. Le bon fil sera-t-il tiré ? Qu’est-ce qui s’est passé avec ces deux là ?
L’homme est habile, intelligent, lucide chroniqueur d’un journal aussi sérieux que lui. Elle le lit régulièrement et trouve souvent son écriture un peu âpre. Elle le préfère quand il adopte un ton plus mordant. Son cuir assurément est bien tanné. On ne la lui fait pas. Consciencieux, il s’abîme dans le travail. L’idée du bonheur ? Elle ne le traverse pas. Pour lui il est en plein dedans. Et après tout pourquoi pas ? Le mythe du pauvre journaliste solitaire et sans amour, une blague. Les femmes l’intéressent. Il aime les voyages. Il affectionne les rencontres édifiantes, les conversations sérieuses. La contradiction, le débat le passionnent, il s’y plonge, avec un peu trop d’alcool parfois. On est indulgent s’il prend quelques poses, incidemment. Discret, secret, il a de l’ambition. Il est dans la fourmilière, le cénacle, ces fameux arcanes du pouvoir. Informé, on le sollicite. Perspicace, il réfléchit à ce qui n’est que senti ; pense à un nouveau projet de livre. N’a rien d’un blasé.
Mince, pas très grand, visage plus anguleux que ne le suggèrent certaines photos, regard profond, triste un peu, yeux cernés, très. Le travail. Toujours le travail. La bouche est belle. Le sourire n’est pas dans sa nature. Dommage. Cela ajouterait à son charme. À chaque fois qu’elle l’a rencontré, car ils se virent, elle notera qu’il porte des vestes trop larges, mal ajustées sur lui. Elle n’a aucun souvenir de comment sont ses mains. Elle ? Elle aime voir tout en beau. Son monde de fleurs, de livres, de solitude, représente pour un homme comme lui l’ennui, la fuite, un no man’s land. S’ils furent auparavant, en tout, irréprochables, absolument polis, absolument indifférents, discutant, quand ils se croisaient chez leurs amis, ce soir très frais d’un printemps tout neuf, ils vont bel et bien se trouver, on peut le dire. La Providence les a dans le collimateur, sens premier du mot : « appareil d’optique produisant des rayons parallèles, qui permet de superposer l’objet visé à l’image des repères. »
Notre homme est dans le constat. Il l’observe. Elle est gaie… Le goût magnifique de la vie lui est revenu, en gratitude, le visage, l’allure, surent en profiter. Intérêt futile, inédit chez lui, pour l’orange et la suavité de la longue écharpe qu’elle porte ce soir-là ; il se divertit un temps avec la pensée d’en tester la douceur.
Aucun délai d’observation pour elle.
Attirance nette, épidermique, sans appel, dès qu’elle le voit en se retournant pour donner son manteau à l’amie. Réactive, joyeuse, elle ne se prend pas la tête, s’approuve et trouve même qu’elle a bon goût. Jubilation secrète. Subitement curieuse de celui qu’elle ignorait avant. Qui es-tu ? Pour donner le change, elle lui lance une pique amicale sur sa tenue. L’homme portait blazer, évidemment mal coupé, et pantalon gris – pas de quoi pavoiser. Décontenancé, il ne sait que dire, écarte les bras, en offrande.
Compatissante, elle se détourne, souriant à d’autres visages.
Ils se parlent.
Face à face ?
Côte à côte. Chaperonnés par un homme pessimiste dont notre journaliste adhère à la liste infinie d’inéluctables catastrophes désastres échecs ou ruines à venir. Elle se défile en douce avant la fin du monde. Pour la suite, en plein accord, le classique. Ils s’évitent. Elle est meilleure que lui pour les regards en biais. Lui faillit se faire prendre plus d’une fois. Rien d’exceptionnel jusque là. Tu m’as vu. Je t’ai vue.
Alors, va advenir le Trouble. La Providence en Majesté.
En fin de soirée. Au moment du départ de l’homme.
Comme dans les bons vieux mélos. Elle, si romanesque, fut servie.
Et lui, si pragmatique, quelle conclusion en tire-t-il ? Malentendu, vraiment ?
Sûrement. « Le malentendu c’est le plaisir », et c’est Baudelaire qui le dit.
Donc,
Près de l’entrée. Il salue deux trois amis.
On va lui apporter son imperméable. Il attend.
Il l’aperçoit, en face, près d’une table, de dos, s’intéressant à des livres.
Elle lui apparaît si insouciante, si calme.
Elle fait alors ce geste lent, elle relève un pan de l’écharpe orange.
Il accompagne le mouvement. Les épaules, enrobées.
À l’instant pour l’homme, telle une évidence, envie de la deviner.
En lui,
divine,
une joie rare, magnifique, oubliée – captive on ne sait où – se libère,
rayonnante, se propage enfin,
lui gonfle le coeur de plénitude,
et le bouleverse d’émotion.
Cette fulgurance le saisit, le déstabilise. Il reste alors figé – n’osant y croire.
Il la voit brusquement se retourner, comme saisie d’un appel.
Ni elle ni lui ne veulent se soustraire.
Elle ne baissera jamais les yeux, acceptant éblouie ce vertige qui les happe. Les autres, estompés, isolés. Seul, ce rayon lumineux entre eux.
Va ! Obéis, traverse la pièce ! Partir ensemble sans dire un mot, telle une évidence. Où trouve-t-elle la force de penser Non ? Un solide reste bien lourd, bien pesant, de bonne ou mauvaise éducation, c’est selon. Va ! Un sourire n’y suffit pas !
Sans la quitter des yeux,
l’homme prend l’imperméable plié, qu’on lui tend à plat.
Il s’en va, n’ayant pas la force de lui dire au revoir.
Prit-elle conscience de ce qui se passait en lui ?
Sonnée, elle ne le voit pas partir. Elle reste sur ce détail, cet imperméable vert, plié. Elle y tient.
Alors, les bruits revinrent.
Les gens furent de nouveau dans la pièce.

Quelques jours après, impossible de résister au plaisir de le taquiner en cette fin de journée délicieuse. Ses grandes copines les hirondelles viennent d’arriver. Don Giovanni magistral éclate dans la pièce. Elle vient de terminer la lecture d’une chronique si sérieuse (Mais où trouve-t-il tous ces mots sur un sujet aussi pénible ?). De la pensée à l’écriture. Deux, trois lignes désinvoltes.
Débloquant aussitôt le verrou de la porte
Il répond
en quelques mots bien sages
mais écrits à l’encre bleue et, hardiesse suprême, se pique d’un point d’exclamation ! Une invitation. Il la surprend une fois encore. Elle aime ces détails plus que les mots. Peu de personnes les utilisent au quotidien. Une subtilité, un cadeau qu’elle approuve haut la main. Séduite, elle se sent de nouveau parfaitement en accord avec l’expéditeur.
Un regard peut-il agir ainsi, en un instant changer la vie de quelqu’un ? Elle s’en fout de ce questionnement. Pourtant un jour, des idées stupides lui passent par la tête. Elle complique les choses. Elle ne se maîtrise pas et envoie ce message fouillis qui amène au fiasco ce brin d’histoire. L’homme dût suivre un labyrinthe de mots pour arriver au mensonge. Rideau !
La belle imposture qu’elle nous trouve là.
Pourquoi ce délire ? Il ne comprend plus. Il n’a pas de temps à perdre. Il répond avec acidité à l’encre noire. Pas pour lui tout ça, il a d’autres chats à fouetter. Il se sent déçu. Lui, si hermétique, elle avait réussi comme ça ! à ouvrir la porte. Il était prêt à libérer l’autre battant. Mais là, c’est trop. Indésirable.
Elle se sent déçue.
Par elle. Aucun ressentiment. Elle sait. Lancinante, bientôt accaparante, puis dévorante, l’idée imbécile s’empara d’elle. N’être pas assez.
Pas assez bien,
Pas à la hauteur de cet homme, qui lui plaît,
qu’elle intimide, elle le sait
qui l’a émerveillée, illuminée,
qui l’impressionne subitement, allez savoir pourquoi…
Alors ?
Les mots,
Pour le rejeter. Un mur de mots. Du vrai, du faux. Escamotant seulement le retour du boomerang. On rêve !
« Horreur de ma bêtise », ces mots de Rimbaud, elle veut se les faire tatouer sur la plante des pieds. Elle en est là. La sentimentalité bat la campagne avec ses pensées de pacotille. Elle a conscience de ces faux-semblants et résiste. Résiste.
Un jour tout bleu, un ami vient la voir. Amaigrie, agitée, elle pleure.
Parle. Elle parle. « Moi je crois à ce regard. Il est en manque d’amour. Patience. » Grandiloquence soit ! mais la phrase la libère. Merci Ami ! Champagne ? Champagne ! Musique ? Chet ? Chet ! Rires sous la bénédiction des hirondelles. Comme elles, elle tourbillonne.
Puis, en elle, l’impulsion. Relire. Relire le message pour la première fois. Qu’elle fait en s’écartant de l’écran, le regardant de biais. Cette foutue encre noire, tenace. La pique sur les pensées, piquantes. Puis, stupéfaite elle lit : En partant, jamais je ne n’ai lancé de regard noir, c’est un malentendu. Elle comprend l’ampleur de son égarement. Du mal fait.
Indésirable ou non, lue ou non, comme il veut. Envoyer un dernier mot. L’essentiel en filigrane. Un au revoir qu’elle doit lui dire.
L’illusion enfin au repos, elle reprend forme. Reste sur le détail senti et concret, rien d’autre. Bien sûr ! Pourquoi a-t-elle douté de ce que lui avait enseigné son cher Sollers ? Elle prend alors son petit Mac, tape dans ses mains, et commence à écrire sa bluette, remerciant au passage Nâzim Hikmet qui vient de l’inspirer, Si j’étais parole.
Deux atouts.
1 – elle croit en demain
2 – en la Providence.

à suivre



Quelque part dans Paris – 3

Ça me donne le tournis ce texte qui se finit. Je veux pas le lâcher mon joli texte. Quelle banalité mais quelle banalité,  sans toi je suis imparfaite. Pas dans le sens du manque, de l’absence : physiquement imparfaite : un bout d’oreille, de je ne sais quoi, un bout de chair.  Appliquée, je me suis remplie. Obéissante en somnambule aux  injonctions des amis : bouge voyage donne de ton temps prends des cours secoue-toi prépare des gâteaux… J’ai tout fait. Le nombre de cours où je me suis inscrite quand j’y pense. Du lourd, du surbooking qui mène aussi sec à l’impasse. Au rien. Au brouillard. Aux erreurs.

Comment s’en sortir ?

L’enfant partit avec l’ange et le chien suivit derrière.
Ce verset du Livre de Tobie, je l’ai lu  un jour dans une merveille de  Bobin. L’évidence. J’ai tout arrêté. Comme ce chien je suis finalement, n’ayant qu’à me laisser guider sur le chemin, consciente d’un paysage désormais sans retour,  se dessinant à perte de vue sans eux, ces visages tellement aimés. Ce sera difficile. Compliqué. Je ne resterai pas sol en friche, à l’abandon, le sursaut, l’éveil surgiront, l’éclaircie se fera. Serai-je enfin entrée dans ce temps tout neuf dont parle Quignard dans ses Désarçonnés ? J’en ressens le frémissement. Finir ce texte m’arrache-t-il à jamais loin de ce foutu jardin où je m’isole cette nuit-là, cette année-là, fuyant les bruits de la fête, les amis, pressentant l’annonce à venir, je tremble, j’ai si peur, perdue, gelée dans cette stupide veste à paillettes que j’ai envie de déchirer, de mettre en pièces. On me chercha. Je rentrai.
Les paillettes scintillèrent.
Et toi, tu t’en allas.

Tout à coup un amour bouleverse le cours de votre vie, Quignard encore dit magnifiquement si simplement la chose. Je t’ai vu la première. Mystère de l’attraction. Avec les amis nous t’attendions pour déjeuner. Stressés soudain les amis : Cigarettes ! Cigarettes ! Où sont les cigarettes ? Dans quel état sera-t-il ? Ils m’avaient parlé de toi avec tellement d’amour. J’ai marché, m’éloignant de leur inquiétude. Remontant la jolie rue parisienne ensoleillée, regardant quelques vitrines. Saisie tout à coup par l’image d’un homme magnifique sur un vélo rouillé, pédalant à contre-sens, innocent, le soleil illuminant ses cheveux, sa cravate rouge allant deçà delà autour de ce visage dont je ne pouvais détacher mon regard, paniquant sans raison à l’idée qu’il puisse disparaître. J’ignorais que c’était toi. C’est beau.

Il fait encore chaud. Les hirondelles sont bien parties pourtant. Quelques abeilles butinent encore quelques fleurs entourant les fenêtres de cet appartement en pleine lumière. Not Dark Yet à l’écoute sur l’ordi. Dylan accompagne cette confiance d’enfant qui tient. Tu sais quoi ? Je vais m’installer dans l’autre canapé, celui en cuir marron (tu connais pas), ouvrir une bouteille. Un Moulin de La Lagune. J’en aime le nom et le goût. M’offrir un verre de ce vin que nous n’avons jamais partagé – ironie de la chose,

It’s in the way that you use it !

Absolument, mon Clem.
À l’aise,
Peinards, ajouterais-tu, avec ce regard malin que j’adorais.
D’où te venait cet amusement pour ce mot là ? Dans ta voix il prenait une classe folle. T’ai-je dit que je ne pouvais pas me passer de ta voix ?
Oui, j’ai dû.

*

Quelque part dans Paris – 2

Oui, la vie près de toi. La vie près de moi. Les oiseaux du jardin de Chatou, les chats des alentours nous visitant, le vieux cognassier, des lavandes, du thym, un ordinateur pour combler un canyon de 5000 kms avec les enfants, des petits déjeuners, le sirop d’érable. Ton art bordélique de la cuisine. Jamais assez de Perrier. Une douche qui se bouche, te laissant toujours dans un froid intense – j’ai jamais compris comment. Une télévision, Obama, CNN, des feux dans la cheminée, la neige, tes bonhommes de neige, les amis, des « voyages » ainsi appelais-tu ces trajets en taxis qui nous menaient à la maison par les bords de Seine – j’aimais tellement l’idée. Déménagements. Emménagements. Des églises, la Cathédrale Américaine, nous communions main dans la main, amoureux. Des oursins au soleil de Cassis, le base-ball dont je pigerai jamais rien, mon coiffeur à qui tu osas dire non. Oui, les baisers, les vrais, et les baisers volés tout aussi vrais, les étreintes, la sensualité, la tendresse, les regards, la complicité, la douceur, l’étonnement. Oui, une querelle de trois jours pour 1 mot : romanesque vs romantisme. Toi, évidemment, licence en lettres anglaises du XIXe, pro-romantisme à fond, moi fichtrement non, vive le romanesque, on s’est fâchés sérieux. Vainqueur ? Le fou rire. Oui la Beauté, les petits cadeaux les inoubliables, ceux à trois fois rien, une Tour Eiffel pour touristes, un Coucou plein de couleurs, Toujours à me tendre quelque chose : une pâquerette, un bouton d’or, un morceau de fruit pelé ; et la main, tout le temps. Oui les A.A., un pote qui s’en sort pas, il se suicide. Oui, mon passé qui déboule en vidant la maison pour m’installer à Paris. Oui, les blessures, la bêtise la jalousie l’orgueil la colère les malentendus les séparations les C’est Fini ! Oui, ta musique, Muddy Waters, Clapton, les réveils en chanson, Cohen dans la nuit, Oui, l’alcool, l’inquiétude, les malaises, les secours, les hôpitaux. Oui, tu n’as pas pu aller plus loin… Oui, tes potes, les clodos de Saint-Paul « Une clope ? » « Ça va ? » « Ça va » « Salut Mec ! » Oui tu fus exaspérant. Oui je fus exaspérante. Oui j’t’adore. Une parole me vient là, anachronique dans l’histoire : je me suis régalée. Ce n’est pas rien de dire Merci à ceux que l’on aime.

à suivre,

Quelque part dans Paris – 1

Chamboulement d’un texte déjà posté en partie, mal agencé, bavard, espérant lui trouver une fin pas trop molle. On verra ce qui vient…
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     Je veux un portrait sans esbroufe. Qu’il soit comme ces pièces pas trop encombrées où j’aime me retrouver les après-midi d’été, persiennes ajourées, entrebâillées un brin, fenêtres ouvertes largement – pas d’enfermement – rais de lumière, pénombre magnifique. Sicilienne. Une musique perceptible, par là-bas. Qu’ajouter ? Tu veux des fleurs ? Un rien de vent ? Une rumeur extérieure ? Plus de pénombre ? – Garde ton mystère mon Clem, parce que tu es toi,
Irrésistible avec ces traces d’encre noire de tes journaux au bout des doigts. Irrésistible avec ta casquette de base-ball bleu océan des Boston Red Sox. Irrésistible au réveil, ce sourire délicieux, cette allure d’ado. Un fou de blues, Totalement désintéressé, pour le coup, Money-Money tu t’en balances, Un menteur à la ramasse, il faut quand même te le dire, Vrai, complètement dingue, attachant comme pas un, qu’une caresse sur la joue faisait chavirer, un homme au rire éclatant, à la chaleur bonne à recevoir. Un père à jamais. Des mains puissantes, toujours en action, Tu fous le bordel en un temps record. Irrésistibles tes petits mots que je retrouve encore dans des endroits improbables, Tu es ma MégaBelle, MégaWatts, MultInfinimentMégaAimée de ton MiniMec. Irrésistibles, ton intelligence ta gentillesse ton  charme. Des contradictions ? À la pelle. Tu devais m’apprendre à faire des créneaux dans les congères de Boston, m’emmener voir les neiges de Rimbaud. Tu n’es que lumières et couleurs ; certaines m’ont fait mal, toutes les autres, j’en redemande, elles m’allaient comme un gant.
Lucide sur ta santé : l’inéluctable. La mémoire fait des siennes, la concentration des tours, tu es moins rigoureux, moins vigoureux, moins vif… En retard. Dieu merci, au milieu de ces fracas, l’audace est restée, l’indifférence a passé son chemin. Encore bienveillantes l’attention la curiosité, et ce foutu talent de journaliste, intact. Tu as été viré du Boston Globe, pas pour l’alcool, Chef de Desk tu leur coûtais une blinde. Place aux pigistes sous-payés. Ça t’a laminé.
Alors, plutôt que de crever de culpabilité et d’alcool, tu viens à Paris où se trouve ton meilleur ami. Ta soeur y vit. Ton père, ta mère aussi. Ils ont cet appartement avec au-dessus le studio où tu t’endors. Nuits muettes, interminables. Tu clopes. Trop. Tu pries. Le journalisme fout le camp Clem, ici aussi ils sont tous virés. Tu ne te laisses pas abattre et donnes une conférence à Paris Dauphine devant des étudiants bien trop timorés à ton goût. Tu reprends contact avec les anciens de l’AFP, surpris de retrouver une collègue irlandaise toujours aussi jolie, maintenant gaie divorcée. Tu es malin, tu sens que le courant passe. Tu n’adhères pas. Avant l’anéantissement annoncé, tu veux le sublime. Tu veux l’étincelle.

Nous ne pouvions rien prédire, rien contrôler, rien préparer.

Deux mondes :

Toi, la High Society, Kennedy au mariage de tes parents, une mère fantasque, philosophe, un père éditeur, un vrai gentleman, une soeur à qui tu tiens comme à la prunelle de tes yeux. Une flopée d’oncles tantes cousins cousines neveux et nièces. Vacances à Hyannis Port. La Fac Columbia. La maîtrise. Un mariage. Quatre enfants. Le centre d’une vie. Viennent les mésententes. L’amour fout le camp. L’enfer s’installe. On ne bouge pas. Les conventions. L’engagement.

Moi ? La banlieue, le neuf-trois.
Trois femmes pour une enfant rêveuse et solitaire : une grand-mère, paysanne émigrée d’Emilie, blouse noire, puits de tendresse, une mère, absente longtemps, géniale dans son genre, une tante, une taiseuse. Chance, elles aimaient les livres. J’ai pioché. En cadeau me fut donné la joie de vivre, le goût du bonheur.
Intuition ? Ange protecteur ? Tout fut facile, évident, joyeux. L’amour le travail la réussite.

Oui, il y eut la mort, des morts. Ta mort,
Oui, il y eut l’abîme.
Oui, j’ai dit oui quand j’ai vu ton visage.

Je serai toujours honnête avec toi, je ne te ferai jamais de mal, je te traiterai en déesse, te cuisinerai des plats, te ferai pousser des fleurs, t’accompagnerai où tu veux, te dorloterai, t’embrasserai, t’aimerai. Je me hisse dans le sillage de ma Stately Raven.

à suivre,

Flashback

Elle a quoi cette gamine accroupie sur le trottoir, regardant filer l’eau dans le caniveau, 7, 8 ans. Pas plus. C’est l’été. Ses copains ses copines sont tous partis. Ailleurs. Elle, reste toute seule dans cette banlieue  de l’est parisien mais elle s’en fiche. Sa grand-mère est là. Sa maman, absente, travaille en Afrique, où elle ira, mais plus tard. Reviendra, la santé trop fragile pour le climat. Elle retrouvera sa mère à près de 15 ans. Tard, très tard. Mais pas trop tard. Elle habite une maison pas très belle, pratique. Au rez-de-chaussée, deux familles, une au premier. Et elles au second. Pas de jardin. Pas de fleurs. Une cour, comme le reste, pratique, on y étend le linge, range les vélos, etc…
La ville va devenir méconnaissable. Ils veulent abattre son beau cerisier en face d’une des fenêtres, ils veulent abattre les maisons qui font le charme de ces sentes où elle va cueillir les framboises, les mûres, les groseilles (ses préférées). Insalubrité disent-ils, modernité, ils veulent abattre le bistrot du coin, le boulanger, le boucher, l’immense laverie, la laiterie. On entend leurs pelleteuses qui creusent l’autoroute, leurs engins qui préparent le futur pont. Son espace estival ? une sorte de no-man’s land. Les voitures ne peuvent passer, la rue est une impasse, le petit bistrot aux joueurs de cartes immuables en fixe l’extrémité avec ces tonnes de monceaux de sable.
Elle semble étrangère à ce vacarme. Inconsciente de sa solitude. Juste consciente que c’est l’été, qu’elle est en vacances. Il fait beau. Le marchand de glaces va passer. Sa grand-mère va la gâter, elle le sait : du jambon, souvent, avec des cornichons croquants, du saucisson, souvent, du pain de Gênes, souvent, de la limonade, toujours, et les pâtes bien sûr, une des rares choses d’Italie qu’elle ne renie pas. C’est ainsi, sa grand-mère est la seule italienne qui ne soit jamais retournée au pays. « Ici, dit-elle, on m’a donné à manger, Ici, dit-elle, on m’a appelé Madame pour la première fois. » 
L’Italie, elle la découvrira à 16 ans, Sa maman voulant absolument lui faire connaître Santa Margharita, en Ligurie. Une merveille. Un flirt, un sicilien de son âge, sombre, mélancolique comme s’est pas possible. Elle s’amusera, mais n’oubliera pas que cette ville, sa grand-mère y venait chaque octobre s’abîmer les mains et le dos pour cueillir les olives, faisant une partie du voyage à pied depuis ses montagnes d’Emilie, où les villages crevaient de faim.

Près de son caniveau, elle ne sait pas encore qu’elle va passer un de ses plus bel été de petite fille. Elle ne sait pas encore que de vraie blonde elle deviendra fausse blonde, portera les mini jupes de Mary Quant et les robes blanches légères, ces cotonnades indiennes des hippies. Elle ne sait pas encore qu’un copain de jeux, compagnon des chasses au trésor d’enfance, lui apprendra l’art du baiser, du tempo. Une révélation…
Là, elle est juste là, une gamine, encore indifférente à son visage, à la façon dont elle est habillée, elle a entre les mains le cadeau de sa tante, un livre de la collection Rouge et Or qu’elle ne lâche « L’expédition du Kon Tiki » de Thor Heyerdahl. Elle n’en revient pas de ce qu’elle lit. Transportée. Elle est dans le livre avec eux, sur le radeau, entre Pérou et Polynésie. Le Pacifique est son été. L’aventure son été.
« Tu veux de la limonade ?
– Oui, s’il te plaît, si tu savais… »

Combien ? – Houellebecq

Le ciel s’assombrit entre les tours ; j’effleure le clavier de mon micro-ordinateur. Du haut de son trône dans les cieux, le Seigneur Dieu me fait un discret signe de tête d’approbation. Le processeur RISC atteint son régime de croisière ; toutes les 10 nanosecondes, le bus d’entrée-sortie balaie les bornes de ma carte de communication LCE124 ; celle-ci ne démarrera que si j’active le LCECOM.BIN et le 386SPART.PAR. Après avoir effectué ces opérations, j’accède au menu de paramétrage réseau. Les anges du Seigneur Dieu volent doucement dans la pièce ; ils observent mes initiatives sans rien dire ; contrairement à eux, je dispose de la liberté morale…
Après quelques secondes de réflexion, je clique sur le service pré-enregistré 3615 ALINE. Dans le quart d’heure qui précède, 23 personnes en France ont procédé à la même connexion (généralement au travers d’une procédure beaucoup plus simple) ; ce sont essentiellement, je le sais par expérience, des prostituées télématiques et des hommes. Je choisis le pseudonyme SUPERSALOPE, qui me paraît un peu forcé ; cependant, bien vite, j’ai des appels ; la plupart des connectés – sans doute des habitués – me demandent directement : « COMBIEN ? »

(…)

Méditant sur la numérisation progressive du monde, j’élabore le projet d’un numéro sexuel normalisé calqué sur le principe du numéro de sécurité sociale à 13 chiffres. Le sexe serait codé sur un caractère, l’année de naissance sur deux ; ensuite viendraient la taille et le poids (cinq caractères). Pour les femmes, le système de mensurations usuel (tour de hanches – tour de taille – tour de poitrine) semble bien entré dans les mœurs ; en ce qui concerne les hommes, la vulgarisation de la pornographie nous a familiarisés avec le système de numérisation simple (longueur en centimètres du sexe en érection, chiffre pour désigner le diamètre).
Sur ces bases, une femme pourrait être codée sur 14 caractères, un homme sur 12 (ce qui confirme l’opinion courante sur la plus grande complexité de la femme).
À titre d’exemple, voici les numéros sexuels normalisés de quelques amis : 159173651704, 26116144875585, 25516452925788, 158180701504 (…) l’humanité entière tiendrait sur un disque laser !

(…)

Deux heures du matin ; je me déconnecte. La lune flotte au-dessus des tours. Tout est calme. Une paix exquise envahit le ciel nocturne  ; les transmissions par satellite, cependant, se poursuivent. Je fais le serment, autant qu’il sera en mon pouvoir, de retarder l’avènement de l’Ère du Verseau, en attendant les prochaines mutations divines.

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