cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Catégorie : nouvelle (Page 1 sur 2)

Indésirable – 1/2

Ici et maintenant décide-t-il, interdiction de passer. Inflexible, vexé, il va oublier très vite, passer à autre chose, de plus être dérangé dans son travail, dans sa tête, par cet aiguillon. Sur l’ordinateur, il a ce geste, il la pointe, d’emblée, sans regret : Indésirable. Triste chose que ce mot, révélateur d’un état d’esprit qui la dépasse. Qu’attendait-elle ? Qu’il se lamente ? Mais où vit-elle ?

L’homme est habile, intelligent, lucide chroniqueur d’un journal aussi sérieux que lui. Elle le lit régulièrement et trouve souvent son écriture un peu âpre. Elle le préfère quand il adopte un ton plus mordant. Son cuir assurément est bien tanné. On ne la lui fait pas. Consciencieux, il s’abime dans le travail. L’idée du bonheur ? Elle ne le traverse pas. Pour lui il est en plein dedans. Et pourquoi pas ? Le mythe du journaliste solitaire et sans amour, une blague. Les femmes l’intéressent. Il aime les voyages. Il affectionne les rencontres édifiantes, les conversations sérieuses. La contradiction, le débat le passionne, il s’y plonge, avec un peu trop d’alcool souvent. On est indulgent s’il prend quelques poses, incidemment. Discret, secret, il a de l’ambition. Il est dans la fourmilière, le cénacle, ces fameux arcanes du pouvoir. Informé, on le sollicite. Perspicace, il réfléchit à ce qui n’est que senti ; pense à un nouveau projet de livre. N’a rien d’un blasé. Mince, pas très grand, regard profond, triste un peu, yeux cernés, très. Le travail. Toujours le travail. La bouche est belle, sensualité des lèvres. Le sourire n’est pas dans sa nature. Dommage. À chaque fois qu’elle l’a rencontré, elle note qu’il porte des vestes trop larges, mal ajustées sur lui. Elle s’en amuse. Ne se souvient pas des mains.
Elle ? Elle aime voir tout en beau. Son monde de fleurs, de livres, de solitude, représente pour un homme comme lui l’ennui, la fuite, un no man’s land. Il ne sait pas qu’elle hésite à vendre sa maison et retrouver Paris.
S’ils furent auparavant, en tout, irréprochables quand ils se croisaient chez leurs amis, un soir très frais d’un printemps tout neuf ils vont bel et bien se trouver. On peut le dire. La Providence les a dans le collimateur, sens premier du mot.
Notre homme est dans le constat. Il l’observe. Elle est gaie. Le goût magnifique de la vie lui est revenu. Le visage, l’allure, surent en profiter, en gratitude. Intérêt futile, inédit pour lui, pour l’orange et la suavité de la longue écharpe qu’elle porte ce soir-là. Il se divertit un temps avec la pensée d’en tester la douceur.
Aucun délai d’observation pour elle. Attirance nette, épidermique, qui la prend de court. Réactive, elle ne se prend pas la tête, s’approuve et trouve même qu’elle a bon goût. Subitement curieuse de celui qu’elle ignorait avant. Qui es-tu ?

Ils se parlent.
Face à face ?
Côte à côte.
Chaperonnés par un homme bien pessimiste dont notre journaliste adhère à la liste infinie d’inéluctables catastrophes désastres échecs ou ruines financières à venir. Elle se défile en douce avant la fin du monde.
Pour la suite, en plein accord, le classique. Ils s’évitent. Elle est meilleure que lui pour les regards en biais. Lui, faillit se faire prendre plus d’une fois.
Rien d’exceptionnel jusque là.
Alors va advenir le trouble, d’une amplitude superbe.
La Providence, en Majesté. En fin de soirée. Au moment du départ de l’homme.
Comme dans les bons vieux mélos. Elle si romanesque fut servie.
Et lui, si pragmatique quelle conclusion en tire-t-il ?

à suivre,

Quelque part dans Paris – 3

Ça me donne le tournis ce texte qui se finit. Je veux pas le lâcher mon joli texte. Quelle banalité mais quelle banalité,  sans toi je suis imparfaite. Pas dans le sens du manque, de l’absence : physiquement imparfaite : un bout d’oreille, de je ne sais quoi, un bout de chair.  Appliquée, je me suis remplie. Obéissante en somnambule aux  injonctions des amis : bouge voyage donne de ton temps prends des cours secoue-toi prépare des gâteaux… J’ai tout fait. Le nombre de cours où je me suis inscrite quand j’y pense. Du lourd, du surbooking qui mène aussi sec à l’impasse. Au rien. Au brouillard. Aux erreurs.

Comment s’en sortir ?

L’enfant partit avec l’ange et le chien suivit derrière.
Ce verset du Livre de Tobie, je l’ai lu  un jour dans une merveille de  Bobin. L’évidence. J’ai tout arrêté. Comme ce chien je suis finalement, n’ayant qu’à me laisser guider sur le chemin, consciente d’un paysage désormais sans retour,  se dessinant à perte de vue sans eux, ces visages tellement aimés. Ce sera difficile. Compliqué. Je ne resterai pas sol en friche, à l’abandon, le sursaut, l’éveil surgiront, l’éclaircie se fera. Serai-je enfin entrée dans ce temps tout neuf dont parle Quignard dans ses Désarçonnés ? J’en ressens le frémissement. Finir ce texte m’arrache-t-il à jamais loin de ce foutu jardin où je m’isole cette nuit-là, cette année-là, fuyant les bruits de la fête, les amis, pressentant l’annonce à venir, je tremble, j’ai si peur, perdue, gelée dans cette stupide veste à paillettes que j’ai envie de déchirer, de mettre en pièces. On me chercha. Je rentrai.
Les paillettes scintillèrent.
Et toi, tu t’en allas.

Tout à coup un amour bouleverse le cours de votre vie, Quignard encore dit magnifiquement si simplement la chose. Je t’ai vu la première. Mystère de l’attraction. Avec les amis nous t’attendions pour déjeuner. Stressés soudain les amis : Cigarettes ! Cigarettes ! Où sont les cigarettes ? Dans quel état sera-t-il ? Ils m’avaient parlé de toi avec tellement d’amour. J’ai marché, m’éloignant de leur inquiétude. Remontant la jolie rue parisienne ensoleillée, regardant quelques vitrines. Saisie tout à coup par l’image d’un homme magnifique sur un vélo rouillé, pédalant à contre-sens, innocent, le soleil illuminant ses cheveux, sa cravate rouge allant deçà delà autour de ce visage dont je ne pouvais détacher mon regard, paniquant sans raison à l’idée qu’il puisse disparaître. J’ignorais que c’était toi. C’est beau.

Il fait encore chaud. Les hirondelles sont bien parties pourtant. Quelques abeilles butinent encore quelques fleurs entourant les fenêtres de cet appartement en pleine lumière. Not Dark Yet à l’écoute sur l’ordi. Dylan accompagne cette confiance d’enfant qui tient. Tu sais quoi ? Je vais m’installer dans l’autre canapé, celui en cuir marron (tu connais pas), ouvrir une bouteille. Un Moulin de La Lagune. J’en aime le nom et le goût. M’offrir un verre de ce vin que nous n’avons jamais partagé – ironie de la chose,

It’s in the way that you use it !

Absolument, mon Clem.
À l’aise,
Peinards, ajouterais-tu, avec ce regard malin que j’adorais.
D’où te venait cet amusement pour ce mot là ? Dans ta voix il prenait une classe folle. T’ai-je dit que je ne pouvais pas me passer de ta voix ?
Oui, j’ai dû.

*

Quelque part dans Paris – 2

Oui, la vie près de toi. La vie près de moi. Les oiseaux du jardin de Chatou, les chats des alentours nous visitant, le vieux cognassier, des lavandes, du thym, un ordinateur pour combler un canyon de 5000 kms avec les enfants, des petits déjeuners, le sirop d’érable. Ton art bordélique de la cuisine. Jamais assez de Perrier. Une douche qui se bouche, te laissant toujours dans un froid intense – j’ai jamais compris comment. Une télévision, Obama, CNN, des feux dans la cheminée, la neige, tes bonhommes de neige, les amis, des « voyages » ainsi appelais-tu ces trajets en taxis qui nous menaient à la maison par les bords de Seine – j’aimais tellement l’idée. Déménagements. Emménagements. Des églises, la Cathédrale Américaine, nous communions main dans la main, amoureux. Des oursins au soleil de Cassis, le base-ball dont je pigerai jamais rien, mon coiffeur à qui tu osas dire non. Oui, les baisers, les vrais, et les baisers volés tout aussi vrais, les étreintes, la sensualité, la tendresse, les regards, la complicité, la douceur, l’étonnement. Oui, une querelle de trois jours pour 1 mot : romanesque vs romantisme. Toi, évidemment, licence en lettres anglaises du XIXe, pro-romantisme à fond, moi fichtrement non, vive le romanesque, on s’est fâchés sérieux. Vainqueur ? Le fou rire. Oui la Beauté, les petits cadeaux les inoubliables, ceux à trois fois rien, une Tour Eiffel pour touristes, un Coucou plein de couleurs, Toujours à me tendre quelque chose : une pâquerette, un bouton d’or, un morceau de fruit pelé ; et la main, tout le temps. Oui les A.A., un pote qui s’en sort pas, il se suicide. Oui, mon passé qui déboule en vidant la maison pour m’installer à Paris. Oui, les blessures, la bêtise la jalousie l’orgueil la colère les malentendus les séparations les C’est Fini ! Oui, ta musique, Muddy Waters, Clapton, les réveils en chanson, Cohen dans la nuit, Oui, l’alcool, l’inquiétude, les malaises, les secours, les hôpitaux. Oui, tu n’as pas pu aller plus loin… Oui, tes potes, les clodos de Saint-Paul « Une clope ? » « Ça va ? » « Ça va » « Salut Mec ! » Oui tu fus exaspérant. Oui je fus exaspérante. Oui j’t’adore. Une parole me vient là, anachronique dans l’histoire : je me suis régalée. Ce n’est pas rien de dire Merci à ceux que l’on aime.

à suivre,

Quelque part dans Paris – 1

Chamboulement d’un texte déjà posté en partie, mal agencé, bavard, espérant lui trouver une fin pas trop molle. On verra ce qui vient…
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     Je veux un portrait sans esbroufe. Qu’il soit comme ces pièces pas trop encombrées où j’aime me retrouver les après-midi d’été, persiennes ajourées, entrebâillées un brin, fenêtres ouvertes largement – pas d’enfermement – rais de lumière, pénombre magnifique. Sicilienne. Une musique perceptible, par là-bas. Qu’ajouter ? Tu veux des fleurs ? Un rien de vent ? Une rumeur extérieure ? Plus de pénombre ? – Garde ton mystère mon Clem, parce que tu es toi,
Irrésistible avec ces traces d’encre noire de tes journaux au bout des doigts. Irrésistible avec ta casquette de base-ball bleu océan des Boston Red Sox. Irrésistible au réveil, ce sourire délicieux, cette allure d’ado. Un fou de blues, Totalement désintéressé, pour le coup, Money-Money tu t’en balances, Un menteur à la ramasse, il faut quand même te le dire, Vrai, complètement dingue, attachant comme pas un, qu’une caresse sur la joue faisait chavirer, un homme au rire éclatant, à la chaleur bonne à recevoir. Un père à jamais. Des mains puissantes, toujours en action, Tu fous le bordel en un temps record. Irrésistibles tes petits mots que je retrouve encore dans des endroits improbables, Tu es ma MégaBelle, MégaWatts, MultInfinimentMégaAimée de ton MiniMec. Irrésistibles, ton intelligence ta gentillesse ton  charme. Des contradictions ? À la pelle. Tu devais m’apprendre à faire des créneaux dans les congères de Boston, m’emmener voir les neiges de Rimbaud. Tu n’es que lumières et couleurs ; certaines m’ont fait mal, toutes les autres, j’en redemande, elles m’allaient comme un gant.
Lucide sur ta santé : l’inéluctable. La mémoire fait des siennes, la concentration des tours, tu es moins rigoureux, moins vigoureux, moins vif… En retard. Dieu merci, au milieu de ces fracas, l’audace est restée, l’indifférence a passé son chemin. Encore bienveillantes l’attention la curiosité, et ce foutu talent de journaliste, intact. Tu as été viré du Boston Globe, pas pour l’alcool, Chef de Desk tu leur coûtais une blinde. Place aux pigistes sous-payés. Ça t’a laminé.
Alors, plutôt que de crever de culpabilité et d’alcool, tu viens à Paris où se trouve ton meilleur ami. Ta soeur y vit. Ton père, ta mère aussi. Ils ont cet appartement avec au-dessus le studio où tu t’endors. Nuits muettes, interminables. Tu clopes. Trop. Tu pries. Le journalisme fout le camp Clem, ici aussi ils sont tous virés. Tu ne te laisses pas abattre et donnes une conférence à Paris Dauphine devant des étudiants bien trop timorés à ton goût. Tu reprends contact avec les anciens de l’AFP, surpris de retrouver une collègue irlandaise toujours aussi jolie, maintenant gaie divorcée. Tu es malin, tu sens que le courant passe. Tu n’adhères pas. Avant l’anéantissement annoncé, tu veux le sublime. Tu veux l’étincelle.

Nous ne pouvions rien prédire, rien contrôler, rien préparer.

Deux mondes :

Toi, la High Society, Kennedy au mariage de tes parents, une mère fantasque, philosophe, un père éditeur, un vrai gentleman, une soeur à qui tu tiens comme à la prunelle de tes yeux. Une flopée d’oncles tantes cousins cousines neveux et nièces. Vacances à Hyannis Port. La Fac Columbia. La maîtrise. Un mariage. Quatre enfants. Le centre d’une vie. Viennent les mésententes. L’amour fout le camp. L’enfer s’installe. On ne bouge pas. Les conventions. L’engagement.

Moi ? La banlieue, le neuf-trois.
Trois femmes pour une enfant rêveuse et solitaire : une grand-mère, paysanne émigrée d’Emilie, blouse noire, puits de tendresse, une mère, absente longtemps, géniale dans son genre, une tante, une taiseuse. Chance, elles aimaient les livres. J’ai pioché. En cadeau me fut donné la joie de vivre, le goût du bonheur.
Intuition ? Ange protecteur ? Tout fut facile, évident, joyeux. L’amour le travail la réussite.

Oui, il y eut la mort, des morts. Ta mort,
Oui, il y eut l’abîme.
Oui, j’ai dit oui quand j’ai vu ton visage.

Je serai toujours honnête avec toi, je ne te ferai jamais de mal, je te traiterai en déesse, te cuisinerai des plats, te ferai pousser des fleurs, t’accompagnerai où tu veux, te dorloterai, t’embrasserai, t’aimerai. Je me hisse dans le sillage de ma Stately Raven.

à suivre,

Flashback

Elle a quoi cette gamine accroupie sur le trottoir, regardant filer l’eau dans le caniveau, 7, 8 ans. Pas plus. C’est l’été. Ses copains ses copines sont tous partis. Ailleurs. Elle, reste toute seule dans cette banlieue  de l’est parisien mais elle s’en fiche. Sa grand-mère est là. Sa maman, absente, travaille en Afrique, où elle ira, mais plus tard. Reviendra, la santé trop fragile pour le climat. Elle retrouvera sa mère à près de 15 ans. Tard, très tard. Mais pas trop tard. Elle habite une maison pas très belle, pratique. Au rez-de-chaussée, deux familles, une au premier. Et elles au second. Pas de jardin. Pas de fleurs. Une cour, comme le reste, pratique, on y étend le linge, range les vélos, etc…
La ville va devenir méconnaissable. Ils veulent abattre son beau cerisier en face d’une des fenêtres, ils veulent abattre les maisons qui font le charme de ces sentes où elle va cueillir les framboises, les mûres, les groseilles (ses préférées). Insalubrité disent-ils, modernité, ils veulent abattre le bistrot du coin, le boulanger, le boucher, l’immense laverie, la laiterie. On entend leurs pelleteuses qui creusent l’autoroute, leurs engins qui préparent le futur pont. Son espace estival ? une sorte de no-man’s land. Les voitures ne peuvent passer, la rue est une impasse, le petit bistrot aux joueurs de cartes immuables en fixe l’extrémité avec ces tonnes de monceaux de sable.
Elle semble étrangère à ce vacarme. Inconsciente de sa solitude. Juste consciente que c’est l’été, qu’elle est en vacances. Il fait beau. Le marchand de glaces va passer. Sa grand-mère va la gâter, elle le sait : du jambon, souvent, avec des cornichons croquants, du saucisson, souvent, du pain de Gênes, souvent, de la limonade, toujours, et les pâtes bien sûr, une des rares choses d’Italie qu’elle ne renie pas. C’est ainsi, sa grand-mère est la seule italienne qui ne soit jamais retournée au pays. « Ici, dit-elle, on m’a donné à manger, Ici, dit-elle, on m’a appelé Madame pour la première fois. » 
L’Italie, elle la découvrira à 16 ans, Sa maman voulant absolument lui faire connaître Santa Margharita, en Ligurie. Une merveille. Un flirt, un sicilien de son âge, sombre, mélancolique comme s’est pas possible. Elle s’amusera, mais n’oubliera pas que cette ville, sa grand-mère y venait chaque octobre s’abîmer les mains et le dos pour cueillir les olives, faisant une partie du voyage à pied depuis ses montagnes d’Emilie, où les villages crevaient de faim.

Près de son caniveau, elle ne sait pas encore qu’elle va passer un de ses plus bel été de petite fille. Elle ne sait pas encore que de vraie blonde elle deviendra fausse blonde, portera les mini jupes de Mary Quant et les robes blanches légères, ces cotonnades indiennes des hippies. Elle ne sait pas encore qu’un copain de jeux, compagnon des chasses au trésor d’enfance, lui apprendra l’art du baiser, du tempo. Une révélation…
Là, elle est juste là, une gamine, encore indifférente à son visage, à la façon dont elle est habillée, elle a entre les mains le cadeau de sa tante, un livre de la collection Rouge et Or qu’elle ne lâche « L’expédition du Kon Tiki » de Thor Heyerdahl. Elle n’en revient pas de ce qu’elle lit. Transportée. Elle est dans le livre avec eux, sur le radeau, entre Pérou et Polynésie. Le Pacifique est son été. L’aventure son été.
« Tu veux de la limonade ?
– Oui, s’il te plaît, si tu savais… »

Combien ? – Houellebecq

Le ciel s’assombrit entre les tours ; j’effleure le clavier de mon micro-ordinateur. Du haut de son trône dans les cieux, le Seigneur Dieu me fait un discret signe de tête d’approbation. Le processeur RISC atteint son régime de croisière ; toutes les 10 nanosecondes, le bus d’entrée-sortie balaie les bornes de ma carte de communication LCE124 ; celle-ci ne démarrera que si j’active le LCECOM.BIN et le 386SPART.PAR. Après avoir effectué ces opérations, j’accède au menu de paramétrage réseau. Les anges du Seigneur Dieu volent doucement dans la pièce ; ils observent mes initiatives sans rien dire ; contrairement à eux, je dispose de la liberté morale…
Après quelques secondes de réflexion, je clique sur le service pré-enregistré 3615 ALINE. Dans le quart d’heure qui précède, 23 personnes en France ont procédé à la même connexion (généralement au travers d’une procédure beaucoup plus simple) ; ce sont essentiellement, je le sais par expérience, des prostituées télématiques et des hommes. Je choisis le pseudonyme SUPERSALOPE, qui me paraît un peu forcé ; cependant, bien vite, j’ai des appels ; la plupart des connectés – sans doute des habitués – me demandent directement : « COMBIEN ? »

(…)

Méditant sur la numérisation progressive du monde, j’élabore le projet d’un numéro sexuel normalisé calqué sur le principe du numéro de sécurité sociale à 13 chiffres. Le sexe serait codé sur un caractère, l’année de naissance sur deux ; ensuite viendraient la taille et le poids (cinq caractères). Pour les femmes, le système de mensurations usuel (tour de hanches – tour de taille – tour de poitrine) semble bien entré dans les mœurs ; en ce qui concerne les hommes, la vulgarisation de la pornographie nous a familiarisés avec le système de numérisation simple (longueur en centimètres du sexe en érection, chiffre pour désigner le diamètre).
Sur ces bases, une femme pourrait être codée sur 14 caractères, un homme sur 12 (ce qui confirme l’opinion courante sur la plus grande complexité de la femme).
À titre d’exemple, voici les numéros sexuels normalisés de quelques amis : 159173651704, 26116144875585, 25516452925788, 158180701504 (…) l’humanité entière tiendrait sur un disque laser !

(…)

Deux heures du matin ; je me déconnecte. La lune flotte au-dessus des tours. Tout est calme. Une paix exquise envahit le ciel nocturne  ; les transmissions par satellite, cependant, se poursuivent. Je fais le serment, autant qu’il sera en mon pouvoir, de retarder l’avènement de l’Ère du Verseau, en attendant les prochaines mutations divines.

La main d’Erri – 5/5

   Installée dans le petit jardin, l’ami que j’avais délaissé, je le regarde avec gratitude. Généreux, il a retrouvé sa verdure, dans les vastes pots florentins, plus d’arbustes que de fleurs. Buis, lauriers, jasmins, oliviers reprennent de la vigueur. Les romarins, la sauge en terre me préoccupent toujours. Dans diverses vasques, les jeunes pousses qu’Urli avait ramassées ça et là. Où vais-je installer le jeune pin ? Pour l’instant il m’émeut dans son pot tout étroit. Je suis fière d’avoir replanté le petit chêne. Il mesure aujourd’hui vingt centimètres — riez, rieurs, il vit !

Rosine, tu m’as déniché un bien beau cadeau…
Tu vois, je vis, j’écris. Devant cet écran, assise bien droite, je me sens pareille à ces gens humbles, tout endimanchés, tout intimidés pour quelque visite au notable du coin. Tu comprends ça ? Mais je suis excitée. Présomptueuse sûrement aussi, disons-le. Comment ne pas penser à Anne Wiazemsky que j’aime tant, Sagan, sa fantaisie, sa joie, son élégance. Cette belle idée de Jean-Paul Enthoven sur « les petits matins Sagan, un air de rien, dont on comprend longtemps après qu’il remplissait la vie – et la justifiait. »

Cet air de rien, tout ce que j’aime.
Je voudrais que ce récit ait « cet air de rien ».

Inaltérabilité de l’amour pour Urli. Inaltérabilité du lien avec Erri. Comment pourrait-il en être autrement ? La grâce est source de fidélité. Je sais que la lumière ne me fut pas donnée pour faire joli. Je suis déterminée, il n’y a qu’à marcher à partir d’où nous sommes. L’esprit est généreux, à chacun sa partition. Et me voici, vivante, à l’écoute, j’ai envie de dire bonjour au monde entier…

Peut-être… mais là,
Je traîne… je traîne… pas envie de quitter Erri.

Alors, une dernière confidence, jolie.
Moi qui ne supporte pas de surprendre mon reflet près d’un camarade, d’un inconnu, j’y vois encore une anormalité, une agression, savez-vous ce que j’ai fait avant qu’Anne ne prenne la photo ? Je me suis calfeutrée contre Erri. Oui calfeutrée. Les bras autour de son corps, sous la veste. Quelques instants. Longs. Surtout sans un mot. Gentil, bienveillant, patient, il a laissé faire. Au regard de tout ce monde dont je voulais m’isoler. Chaleur d’Erri. Pas celle de ses livres, ressentie. Chaleur réelle, sentie. N’était-ce là vraiment qu’un geste de pure dilection ?

Je veux que ce texte soit comme un souffle qu’il puisse recevoir en éclatant de rire, me saluant de la main.. simplement, léger, léger !

écrivant cela, jubilation !

la grâce, la grâce malicieuse, pourrait bien s’être faufilée dans mon message du trente mars. La lectrice attentive d’Erri que je suis, d’un coup, fait  le lien entre Erri, le rire et quelque présage heureux.

« SANS ECLATS DE RIRE AVANT, LES BAISERS SONT FADES »

ERRI,

UN BAISER  !

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PS – le plumbago est reparti.
Quant au petit chêne le voici,

IMG_2148

20 cm

………………..

à Rosine

La main d’Erri – 4/5

J’étais dans cette librairie, L’écume des Pages, boulevard Saint-Germain. Montedidio. Je lui  tournais autour. Je tournais. Je revenais. Et je renonçai. Inconsciemment j’obéissais à une sommation « Non, attends, plus tard. » Bon. Je me trouvai étonnamment raisonnable. Voyons. Quelques semaines plus tard aucune voix n’intervint lorsque je saisis des romans écrits par d’autres.

J’oubliais. Je l’oubliais.

L’impulsion de le lire me fut donnée après la mort d’Urli « Lis Erri ». Je ne savais pas que j’obéissais. Montedidio, d’autres textes. Imparable, la confusion s’installa, le trouble se propagea. Je croyais entendre Urli. La douleur. Ça y est ma fille, transfert, fantasmes. J’espaçai les lectures. Le temps passa. Je crus me renforcer, je m’endurcissais. Je souriais, pitoyable. Avoir l’air. Je me sentais, je me voyais devenir inexistante, comme si l’humanité me désertait, aucune force, aucun désir me permettant de réagir. Je m’abîmai. Plus d’espérance. L’indifférence planait, stagnant sur place.

Un matin d’hiver, le coup de tonnerre. Choc brutal, frontal, retour de la voix, intransigeante cette fois. « Tu dois écrire à Erri ». « Maintenant ! »  Inlassablement répétés. Martelés. Jours. Nuits. Raisonnement inutile, sorties, vaines. Paniques. Suées. Je ne comprenais rien. Toujours cette injonction  « maintenant ». Seule, je ne savais comment l’expliquer à d’autres. Comment trouver de l’aide. Je pleurais. J’implorais. Rien. Plus fort était l’étau. J’ai pris peur. Prostrée, acculée, j’ai subi pendant 10 jours cette violence. Alors, un matin, épuisée, vidée, vaincue… j’ai abdiqué. Docile, si docile, je m’assis en somnambule devant l’ordinateur. Je ne sais même pas si j’avais mes lunettes, sûrement je les avais. Sentiment de non-sensation, de flottement. Automaticité du geste. On appuie sur le bouton, là. Le site. Ecrire un message.
Aussitôt… magnifique, inoubliable… Un flot… un flot de mots qui se libèrent… légers, comme ça : … Il fait tout doux à Paris, le ciel ce matin fut rose, bleu, gris. C’est beau..

Envoi… Réponse sublime… Eveil.

Peut-être connaissez-vous cette phrase de René Char : Vous tendez une allumette à votre lampe et ce qui s’allume n’éclaire pas. C’est loin, très loin de vous, que le cercle s’illumine.

J’ignorai que la Grâce avait besoin de ce vide en moi pour se couler, agir. J’ai remercié en silence, émerveillée d’être tant aimée.
Le secours vient toujours quand il faut, dit Sollers.

Parce que me fut accordé ce don magnifique,
en résonance aux mots d’Urli,
ne devoir lire les mots d’Erri qu’au moment juste,
Parce que me fut intimé l’envie irrépressible de lui écrire,
Parce que je sus obéir malgré moi à cette force,
Parce qu’il sut y répondre en employant les mots justes,
Je pus retrouver mon unité.

C’est ça le mystère de la Grâce.
C’est ça que je pense avoir abimé.

Je veux réparer sans m’imposer. Je me connais, je rêve qu’un peu de cette grâce reçue lui soit rendue, même s’il en abonde. Comment faire ?

à suivre

La main d’Erri 3/5

Pâques.
Je rentre d’un voyage.
Erri sourit près de moi.
La photo fut prise par Anne.
En soirée, agaçante, revient cette litanie que j’avais écartée crânement le matin : Ecris à Erri ! Ecris-lui.
Le ton se fait lamento, à l’italienne, vous voyez le genre…
La voix se tait. Opportuniste, la Vanité place aussitôt la sienne.

J’ai laissé faire.

Oui, après tout pourquoi pas, lui dire que toi la parisienne tu étais à Gap pour Quichotte et les Invincibles (exceptionnel !). Oui bien sûr lui rappeler la photo. Oui lui parler de toi inévitablement. Oui, – quelle imbécile !

La réponse d’Erri à ce courrier calamiteux.
Elle intervint le lendemain.
8 h 02
Bonjour Anna, de mon retour dans une Pâques mouillée, bonjour à la photo qui nous isole parmi la foule sortant d’une salle. Ça  sert à me souvenir que c’est toujours pour une seule personne que nous buvons, chantons, bavardons au nom de Quichotte. Merci Anna, Erri.

L’écrivant maintenant sur la machine, je la trouve magnifique en fait cette réponse.
Mais à la réception, décontenancée la lumineuse Anna de la photo. J’y vis une réponse aimable, un rien administrative. J’osai me relire, je compris tout.
Pardon Erri fut ma première pensée.
L’ennui s’évacue. L’insistance demeure imparable, calamiteuse. Moi la légère, je me suis révélée encombrante. Je veux rayer les mots de l’écran. Je lis : Quelle était belle cette table Erri, avec ces trois garçons assis autour d’elle. Le vin qu’ils partageaient semblaient bon… Là, nous abordons le début de la dérive, le bavardage insipide, prétentieux, qu’il vaut mieux ne pas réitérer. La glissade se poursuit, inexorable, jusqu’à l’inévitable, l’ennui – profond – à bailler ! N’importe quoi ! J’ai honte,  j’ai honte. Je veux disparaître. Je ressens le sentiment de faire offense au monde. J’ai fait offense au monde.
Qu’est-ce qu’il m’a pris ?

Voilà les amis où mène l’outrecuidance, à la déconfiture !
Dieu veillait… Il n’aime pas les orgueilleux qui se la jouent.

Toi la bêtise, prépare ta sépulture –
Toi l’orgueil, je vais te baffer !

Seule Rosine connût mon ridicule.
– Ecris.
– Après ce naufrage…
– Laisse-toi aller au fil de l’eau…

Mozart !
Soutenez-moi avec des gâteaux !
Jésus, Aidez-moi !
Il l’a fait.

Il m’a rendu têtue en quelque sorte.

J’ai résisté à la solution dictée par l’orgueil : le découragement, le repli sur soi, l’absurde morosité. Que désormais je puisse lutter, ne plus lui permettre de me capturer, de s’installer. Plus jamais ce danger. J’avais bien dit que j’allais t’baffer ! L’espérance, qui n’était pas bien loin, a répondu à l’appel.

C’est ainsi que le 30 mars au matin, me réveille la voix : Ecris !
c’est reparti,  pensai-je.
et bien figurez-vous je n’ai pas hésité. Cet appel puissant, je l’ai respecté. Comme en janvier les mots vinrent tels quels, sincères.
L’orgueil la vanité n’en dictèrent aucun.
Le texte n’appelait pas de réponse.
Il n’y en a pas eu.
Du temps passera avant que la main d’Erri retrouve sur le clavier la joie de m’écrire Hinnèni. Qu’importe. Je suis têtue. D’ailleurs, à quoi puis-je prétendre ?
Un plat de pâtes. – vrai, partager sa table doit être jubilatoire.
Il m’a tellement gâtée.
L’élan. La beauté. L’envie. Des carrures.

Qu’est-ce que je cherche  en fait ? J’ai envie de dire comme ça, la pureté du regard. Je veux croire, être drôle, vivante, gentille, et ce n’est pas un vain mot. Je connais la gravité, l’état du monde, je m’informe. La tristesse n’est pas dans ma nature.
D’une dame, je n’ai rien. Je me coiffe à la diable, les cheveux blancs jouent le jeu et s’amusent à être lumineux. Je ne saurai jamais me maquiller. Je chasse mollement certaines futilités, tel ce luxe des belles matières. Jean, pull et boots, la base de mon quotidien. Je sais que je ne résiste pas à certaines crèmes pour le corps, au parfum. Le nouveau, Double Vanille, un enchantement, je garderai Mitsouko jusqu’à la fin. Miller l’a aimé sur la peau d’Anaïs Nin. Miller, un autre ami très cher. Je reste paralysée, confondue devant les petites misères techniques du quotidien ; je suis admirative des filles qui savent tout faire, des femmes solides. Les courriers de l’administration me pétrifient sans raison à la seule vue de l’enveloppe. J’aime la douceur, la belle lenteur, la gaieté. Je fuis le mépris permanent de toute chose, la hargne, le nihilisme, le no future des temps. Je comprends la colère. L’insouciance demeure malgré les chocs de la vie, la maturité ne vient pas. Le plaisir de faire de la cuisine est arrivé tardivement, là je m’en veux vraiment. Je n’ai pas le sens de l’orientation, je me perds sans raison. Je suis dissipée. Distraite. Rêveuse. Sûrement pas très courageuse. Petite fille, j’aimais la géographie. Les cartes. Là où vivent les gens. Je voyage peu maintenant que je suis seule. Une amie ne rêve que de découvertes, elle part tout le temps. Elle vient de reprendre la voiture d’Urli. Je suis tout juste en train d’apprendre à conduire. Les fous rires avec l’instructeur sont certes nombreux mais je n’avance guère, ça ne me passionne pas du tout en fait. Il me semble n’avoir envie que de Venise…
Et cette rengaine, soudain, en retour,
Erri.
Erri de Luca n’est évidemment pas arrivé comme ça dans ma vie.
Alors, pourquoi lui plutôt que mon merveilleux Sollers dont je soûle tout le monde ?
Sollers, l’évidence. Ecrire son nom et déjà je souris. C’est très simple, je m’en donne à coeur joie. Ses mots : Restez carrosse ! Magie ! Embellissez !… Lorsqu’il écrit sur Venise, j’aime qu’il cite à répétition les noms des bateaux qui passent ou qu’il raconte la ville. Cet homme m’a appris à savoir lire, à m’interroger. Mes études furent bâclées ; je suis incapable de saisir Heidegger, qu’importe, il m’a donné le vrai goût de la lecture. Pas de liste. Quand même merci pour Dante.
Il m’a fait relire les poètes. Je continue chaque jour.
Un ami tient un restaurant près de sa maison d’édition. Il m’offrit, dédicacé à l’encre bleue, « Le dictionnaire amoureux de Venise ». Jamais je n’ai songé à une dédicace. Jamais ne me vient l’idée de lui adresser le moindre mot. Le lire suffit à ma joie. Rien à ajouter. Que du bonheur.
Dans certains livres, il cite un nom : Erri de Luca.
Parlons-en enfin vraiment. Nous sommes bien au-delà de l’admiration. « ça durera ce que ça durera, en attendant j’aime : un peu abruti par des compagnies de livres, des ongles jamais nets, des cheveux courts et gris presque tous là encore, des pieds larges, de bonnes dents, un dos épaissi comme du bois creux, j’aime droit devant, à un demi-mètre, une femme survenue dans ma vie. »
Il est vrai, sans artifices. C’est cet homme-là qui m’a répondu.
Je ne voulais pas lui écrire.
J’ai lutté.
Le mystère de la Grâce, nous le touchons. Saurais-je trouver les mots justes ?

à suivre

La main d’Erri – 2/5

   Puis, peu à peu, autre merveille, je me sens devenir lumineuse, j’avoue. Les crèmes n’y jouant aucun rôle. C’est en dedans. L’envie, cette grande absente, revient enfin me chercher. Par ricochet, s’impose, jolie, l’image de l’homme que j’aime. Je n’écrirai pas sur notre amour, moi je ne divulgue rien, disait-il. Urli, d’abord une allure, un seigneur. Puis un regard, un bon regard, tout de suite curieux de vous. Je n’éprouve pas de nostalgie. Jamais. De la peine, oui souvent. D’autorité, j’inscris ces quelques lignes. Je me tairai, mais après.
Là, j’ai envie.
J’ai envie de te photographier, première chose qui me vienne à l’esprit ; peut-être à cause de la photo où je souris contre Erri… J’ai envie de te faire plaisir, de te plaire, de te séduire, de t’amuser. J’ai envie de te voir embrasser Laura, notre enfant. J’ai envie de te voir choisir avec un soin méticuleux les fleurs pour un bouquet que tu veux m’offrir. Nos chamailleries, moi j’aime les petits bouquets, toi les larges brassées. M’acheter des fleurs toute seule reste encore un exercice difficile. J’ai envie que tu me caresses la joue Tu vas bien ? J’ai envie de ton émotion quand tu contemples une statue de marbre, de plâtre, de bronze (touche mon amour, tu peux quand même). J’ai envie de te fatiguer Je t’aime, mais qu’est-ce que je t’aime, ça me fatigue. J’ai envie de lire près de toi dans notre lit. Tu me titillais. Je n’ai jamais pu aller au-delà de quatre pages. J’ai envie que tu m’embrasses dans le cou Tu sens le soleil, la pastèque, l’été. Tu es ma vie. J’ai envie d’entendre ta voix éclatante quand tu pénètres dans le salon où se trouvent nos livres pêle-mêle Bonjour la pièce ! Bonjour tout le monde ! Sollers, salut ! J’ai envie de ton regard. J’ai envie de regarder tes mains. J’ai envie de t’écouter rire et parler avec les amis. J’ai envie que ce réalise ce rêve délicieux qui m’a réveillé l’autre matin. Nous étions sur un muret. Les jambes dans le vide. Tout était lumineux. Le ciel bleu. Il faisait chaud. Nous partagions des chocolats. Tu te penches vers moi Qu’est-ce que tu as dans le tien ? Tu me le donnes ? C’est ça la vie avec toi, l’harmonie même dans les rêves. Il y eut quelques disputes, de la vaisselle cassée, pour l’histoire. Aucune porte claquée.
Je t’ai fait très mal deux fois. Toi jamais.
Notre vie ensemble presqu’un chiffre biblique. Pas de désert, des jardins, des odeurs, de la saveur, du goût. Quand vous aimez quelqu’un, aimez-le passionnément et à tout instant, c’est le temps en personne qui vous aime. La phrase de Sollers est vraie. J’en atteste.

Poursuivons.
Filles et garçons, méditez bien cette pensée d’Erri : « Considero valore… tacere in tempo ». J’attache de la valeur à se taire à temps. J’aurais dû la copier cent fois.
Toute à ma joie retrouvée, je me suis laissée bercer par ce désir de relancer un appel qui ne vient pas d’une voix…
Qui dit Eveil dit Ecoute. Je fus présomptueuse, me fiant à une vigilance bien trop innocente encore. Quelques restes de bêtise somnolaient près de l’orgueil…
Les cloches de Pâques les réveillèrent.
et pour tinter… elles tintèrent.

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