cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Catégorie : nouvelle (Page 2 sur 2)

La main d’Erri – 4/5

J’étais dans cette librairie, L’écume des Pages, boulevard Saint-Germain. Montedidio. Je lui  tournais autour. Je tournais. Je revenais. Et je renonçai. Inconsciemment j’obéissais à une sommation « Non, attends, plus tard. » Bon. Je me trouvai étonnamment raisonnable. Voyons. Quelques semaines plus tard aucune voix n’intervint lorsque je saisis des romans écrits par d’autres.

J’oubliais. Je l’oubliais.

L’impulsion de le lire me fut donnée après la mort d’Urli « Lis Erri ». Je ne savais pas que j’obéissais. Montedidio, d’autres textes. Imparable, la confusion s’installa, le trouble se propagea. Je croyais entendre Urli. La douleur. Ça y est ma fille, transfert, fantasmes. J’espaçai les lectures. Le temps passa. Je crus me renforcer, je m’endurcissais. Je souriais, pitoyable. Avoir l’air. Je me sentais, je me voyais devenir inexistante, comme si l’humanité me désertait, aucune force, aucun désir me permettant de réagir. Je m’abîmai. Plus d’espérance. L’indifférence planait, stagnant sur place.

Un matin d’hiver, le coup de tonnerre. Choc brutal, frontal, retour de la voix, intransigeante cette fois. « Tu dois écrire à Erri ». « Maintenant ! »  Inlassablement répétés. Martelés. Jours. Nuits. Raisonnement inutile, sorties, vaines. Paniques. Suées. Je ne comprenais rien. Toujours cette injonction  « maintenant ». Seule, je ne savais comment l’expliquer à d’autres. Comment trouver de l’aide. Je pleurais. J’implorais. Rien. Plus fort était l’étau. J’ai pris peur. Prostrée, acculée, j’ai subi pendant 10 jours cette violence. Alors, un matin, épuisée, vidée, vaincue… j’ai abdiqué. Docile, si docile, je m’assis en somnambule devant l’ordinateur. Je ne sais même pas si j’avais mes lunettes, sûrement je les avais. Sentiment de non-sensation, de flottement. Automaticité du geste. On appuie sur le bouton, là. Le site. Ecrire un message.
Aussitôt… magnifique, inoubliable… Un flot… un flot de mots qui se libèrent… légers, comme ça : … Il fait tout doux à Paris, le ciel ce matin fut rose, bleu, gris. C’est beau..

Envoi… Réponse sublime… Eveil.

Peut-être connaissez-vous cette phrase de René Char : Vous tendez une allumette à votre lampe et ce qui s’allume n’éclaire pas. C’est loin, très loin de vous, que le cercle s’illumine.

J’ignorai que la Grâce avait besoin de ce vide en moi pour se couler, agir. J’ai remercié en silence, émerveillée d’être tant aimée.
Le secours vient toujours quand il faut, dit Sollers.

Parce que me fut accordé ce don magnifique,
en résonance aux mots d’Urli,
ne devoir lire les mots d’Erri qu’au moment juste,
Parce que me fut intimé l’envie irrépressible de lui écrire,
Parce que je sus obéir malgré moi à cette force,
Parce qu’il sut y répondre en employant les mots justes,
Je pus retrouver mon unité.

C’est ça le mystère de la Grâce.
C’est ça que je pense avoir abimé.

Je veux réparer sans m’imposer. Je me connais, je rêve qu’un peu de cette grâce reçue lui soit rendue, même s’il en abonde. Comment faire ?

à suivre

La main d’Erri 3/5

Pâques.
Je rentre d’un voyage.
Erri sourit près de moi.
La photo fut prise par Anne.
En soirée, agaçante, revient cette litanie que j’avais écartée crânement le matin : Ecris à Erri ! Ecris-lui.
Le ton se fait lamento, à l’italienne, vous voyez le genre…
La voix se tait. Opportuniste, la Vanité place aussitôt la sienne.

J’ai laissé faire.

Oui, après tout pourquoi pas, lui dire que toi la parisienne tu étais à Gap pour Quichotte et les Invincibles (exceptionnel !). Oui bien sûr lui rappeler la photo. Oui lui parler de toi inévitablement. Oui, – quelle imbécile !

La réponse d’Erri à ce courrier calamiteux.
Elle intervint le lendemain.
8 h 02
Bonjour Anna, de mon retour dans une Pâques mouillée, bonjour à la photo qui nous isole parmi la foule sortant d’une salle. Ça  sert à me souvenir que c’est toujours pour une seule personne que nous buvons, chantons, bavardons au nom de Quichotte. Merci Anna, Erri.

L’écrivant maintenant sur la machine, je la trouve magnifique en fait cette réponse.
Mais à la réception, décontenancée la lumineuse Anna de la photo. J’y vis une réponse aimable, un rien administrative. J’osai me relire, je compris tout.
Pardon Erri fut ma première pensée.
L’ennui s’évacue. L’insistance demeure imparable, calamiteuse. Moi la légère, je me suis révélée encombrante. Je veux rayer les mots de l’écran. Je lis : Quelle était belle cette table Erri, avec ces trois garçons assis autour d’elle. Le vin qu’ils partageaient semblaient bon… Là, nous abordons le début de la dérive, le bavardage insipide, prétentieux, qu’il vaut mieux ne pas réitérer. La glissade se poursuit, inexorable, jusqu’à l’inévitable, l’ennui – profond – à bailler ! N’importe quoi ! J’ai honte,  j’ai honte. Je veux disparaître. Je ressens le sentiment de faire offense au monde. J’ai fait offense au monde.
Qu’est-ce qu’il m’a pris ?

Voilà les amis où mène l’outrecuidance, à la déconfiture !
Dieu veillait… Il n’aime pas les orgueilleux qui se la jouent.

Toi la bêtise, prépare ta sépulture –
Toi l’orgueil, je vais te baffer !

Seule Rosine connût mon ridicule.
– Ecris.
– Après ce naufrage…
– Laisse-toi aller au fil de l’eau…

Mozart !
Soutenez-moi avec des gâteaux !
Jésus, Aidez-moi !
Il l’a fait.

Il m’a rendu têtue en quelque sorte.

J’ai résisté à la solution dictée par l’orgueil : le découragement, le repli sur soi, l’absurde morosité. Que désormais je puisse lutter, ne plus lui permettre de me capturer, de s’installer. Plus jamais ce danger. J’avais bien dit que j’allais t’baffer ! L’espérance, qui n’était pas bien loin, a répondu à l’appel.

C’est ainsi que le 30 mars au matin, me réveille la voix : Ecris !
c’est reparti,  pensai-je.
et bien figurez-vous je n’ai pas hésité. Cet appel puissant, je l’ai respecté. Comme en janvier les mots vinrent tels quels, sincères.
L’orgueil la vanité n’en dictèrent aucun.
Le texte n’appelait pas de réponse.
Il n’y en a pas eu.
Du temps passera avant que la main d’Erri retrouve sur le clavier la joie de m’écrire Hinnèni. Qu’importe. Je suis têtue. D’ailleurs, à quoi puis-je prétendre ?
Un plat de pâtes. – vrai, partager sa table doit être jubilatoire.
Il m’a tellement gâtée.
L’élan. La beauté. L’envie. Des carrures.

Qu’est-ce que je cherche  en fait ? J’ai envie de dire comme ça, la pureté du regard. Je veux croire, être drôle, vivante, gentille, et ce n’est pas un vain mot. Je connais la gravité, l’état du monde, je m’informe. La tristesse n’est pas dans ma nature.
D’une dame, je n’ai rien. Je me coiffe à la diable, les cheveux blancs jouent le jeu et s’amusent à être lumineux. Je ne saurai jamais me maquiller. Je chasse mollement certaines futilités, tel ce luxe des belles matières. Jean, pull et boots, la base de mon quotidien. Je sais que je ne résiste pas à certaines crèmes pour le corps, au parfum. Le nouveau, Double Vanille, un enchantement, je garderai Mitsouko jusqu’à la fin. Miller l’a aimé sur la peau d’Anaïs Nin. Miller, un autre ami très cher. Je reste paralysée, confondue devant les petites misères techniques du quotidien ; je suis admirative des filles qui savent tout faire, des femmes solides. Les courriers de l’administration me pétrifient sans raison à la seule vue de l’enveloppe. J’aime la douceur, la belle lenteur, la gaieté. Je fuis le mépris permanent de toute chose, la hargne, le nihilisme, le no future des temps. Je comprends la colère. L’insouciance demeure malgré les chocs de la vie, la maturité ne vient pas. Le plaisir de faire de la cuisine est arrivé tardivement, là je m’en veux vraiment. Je n’ai pas le sens de l’orientation, je me perds sans raison. Je suis dissipée. Distraite. Rêveuse. Sûrement pas très courageuse. Petite fille, j’aimais la géographie. Les cartes. Là où vivent les gens. Je voyage peu maintenant que je suis seule. Une amie ne rêve que de découvertes, elle part tout le temps. Elle vient de reprendre la voiture d’Urli. Je suis tout juste en train d’apprendre à conduire. Les fous rires avec l’instructeur sont certes nombreux mais je n’avance guère, ça ne me passionne pas du tout en fait. Il me semble n’avoir envie que de Venise…
Et cette rengaine, soudain, en retour,
Erri.
Erri de Luca n’est évidemment pas arrivé comme ça dans ma vie.
Alors, pourquoi lui plutôt que mon merveilleux Sollers dont je soûle tout le monde ?
Sollers, l’évidence. Ecrire son nom et déjà je souris. C’est très simple, je m’en donne à coeur joie. Ses mots : Restez carrosse ! Magie ! Embellissez !… Lorsqu’il écrit sur Venise, j’aime qu’il cite à répétition les noms des bateaux qui passent ou qu’il raconte la ville. Cet homme m’a appris à savoir lire, à m’interroger. Mes études furent bâclées ; je suis incapable de saisir Heidegger, qu’importe, il m’a donné le vrai goût de la lecture. Pas de liste. Quand même merci pour Dante.
Il m’a fait relire les poètes. Je continue chaque jour.
Un ami tient un restaurant près de sa maison d’édition. Il m’offrit, dédicacé à l’encre bleue, « Le dictionnaire amoureux de Venise ». Jamais je n’ai songé à une dédicace. Jamais ne me vient l’idée de lui adresser le moindre mot. Le lire suffit à ma joie. Rien à ajouter. Que du bonheur.
Dans certains livres, il cite un nom : Erri de Luca.
Parlons-en enfin vraiment. Nous sommes bien au-delà de l’admiration. « ça durera ce que ça durera, en attendant j’aime : un peu abruti par des compagnies de livres, des ongles jamais nets, des cheveux courts et gris presque tous là encore, des pieds larges, de bonnes dents, un dos épaissi comme du bois creux, j’aime droit devant, à un demi-mètre, une femme survenue dans ma vie. »
Il est vrai, sans artifices. C’est cet homme-là qui m’a répondu.
Je ne voulais pas lui écrire.
J’ai lutté.
Le mystère de la Grâce, nous le touchons. Saurais-je trouver les mots justes ?

à suivre

La main d’Erri – 2/5

   Puis, peu à peu, autre merveille, je me sens devenir lumineuse, j’avoue. Les crèmes n’y jouant aucun rôle. C’est en dedans. L’envie, cette grande absente, revient enfin me chercher. Par ricochet, s’impose, jolie, l’image de l’homme que j’aime. Je n’écrirai pas sur notre amour, moi je ne divulgue rien, disait-il. Urli, d’abord une allure, un seigneur. Puis un regard, un bon regard, tout de suite curieux de vous. Je n’éprouve pas de nostalgie. Jamais. De la peine, oui souvent. D’autorité, j’inscris ces quelques lignes. Je me tairai, mais après.
Là, j’ai envie.
J’ai envie de te photographier, première chose qui me vienne à l’esprit ; peut-être à cause de la photo où je souris contre Erri… J’ai envie de te faire plaisir, de te plaire, de te séduire, de t’amuser. J’ai envie de te voir embrasser Laura, notre enfant. J’ai envie de te voir choisir avec un soin méticuleux les fleurs pour un bouquet que tu veux m’offrir. Nos chamailleries, moi j’aime les petits bouquets, toi les larges brassées. M’acheter des fleurs toute seule reste encore un exercice difficile. J’ai envie que tu me caresses la joue Tu vas bien ? J’ai envie de ton émotion quand tu contemples une statue de marbre, de plâtre, de bronze (touche mon amour, tu peux quand même). J’ai envie de te fatiguer Je t’aime, mais qu’est-ce que je t’aime, ça me fatigue. J’ai envie de lire près de toi dans notre lit. Tu me titillais. Je n’ai jamais pu aller au-delà de quatre pages. J’ai envie que tu m’embrasses dans le cou Tu sens le soleil, la pastèque, l’été. Tu es ma vie. J’ai envie d’entendre ta voix éclatante quand tu pénètres dans le salon où se trouvent nos livres pêle-mêle Bonjour la pièce ! Bonjour tout le monde ! Sollers, salut ! J’ai envie de ton regard. J’ai envie de regarder tes mains. J’ai envie de t’écouter rire et parler avec les amis. J’ai envie que ce réalise ce rêve délicieux qui m’a réveillé l’autre matin. Nous étions sur un muret. Les jambes dans le vide. Tout était lumineux. Le ciel bleu. Il faisait chaud. Nous partagions des chocolats. Tu te penches vers moi Qu’est-ce que tu as dans le tien ? Tu me le donnes ? C’est ça la vie avec toi, l’harmonie même dans les rêves. Il y eut quelques disputes, de la vaisselle cassée, pour l’histoire. Aucune porte claquée.
Je t’ai fait très mal deux fois. Toi jamais.
Notre vie ensemble presqu’un chiffre biblique. Pas de désert, des jardins, des odeurs, de la saveur, du goût. Quand vous aimez quelqu’un, aimez-le passionnément et à tout instant, c’est le temps en personne qui vous aime. La phrase de Sollers est vraie. J’en atteste.

Poursuivons.
Filles et garçons, méditez bien cette pensée d’Erri : « Considero valore… tacere in tempo ». J’attache de la valeur à se taire à temps. J’aurais dû la copier cent fois.
Toute à ma joie retrouvée, je me suis laissée bercer par ce désir de relancer un appel qui ne vient pas d’une voix…
Qui dit Eveil dit Ecoute. Je fus présomptueuse, me fiant à une vigilance bien trop innocente encore. Quelques restes de bêtise somnolaient près de l’orgueil…
Les cloches de Pâques les réveillèrent.
et pour tinter… elles tintèrent.

La main d’Erri – 1/4

Pour entrer dans cette histoire,
commencer peut-être par ma dernière réponse à Erri.
Après, j’explique pourquoi Rosine m’a dit simplement un jour d’été  « Ecris… »
et cela me mena là où il fallait que je fusse.

Date : 30 mars 08:29:20 HAEC
À : erridl
J’arrive. Je trouve votre message, mais quelle gentillesse d’avoir répondu à une lettre aussi désordonnée ! J’en ris encore.
J’y pense d’un coup : Erri = Rire. Bel anagramme. Beau présage !
Au revoir Erri. Prenez soin de vous.
Anna
PS – le jardin reprend tournure. Seul le plumbago me semble abdiquer ;
le froid, le vent. Je garde espoir.

Erri. Erri de Luca bien sûr, l’écrivain.
Un homme fatigué, toujours en éveil. Ses mots forment des phrases qui trottent dans votre tête et l’embellissent. Son humanité éclaire chaque page de ses livres. Son érudition, discrète. Un charme. Un charme… J’arrête, vous saisissez, surtout si vous le connaissez. Dire quand même que j’aime que ses gestes soient simples. Comme l’étaient ceux d’Urli, mon amour, mon mari. Les mêmes valeurs partagées Erri et lui, un même tempérament, gentils et généreux tous deux – Ne vous égarez pas, jetez aux oubliettes fantasmes et transfert, Erri n’est pas un consolateur.
Sa main me ramena la lumière par les mots qu’il m’écrivit.
Je ne la cherchais pas.

Seigneur ! tous ces mots me semblent d’un poncif…

Mais quoi dire d’autre ? C’est une histoire de grâce.
Tout simplement.
Pourquoi Erri ? Sûrement parce qu’il est magnifique, fidèle, et sa main, solide.

Je vais devoir ramer…

J’ai égaré la légèreté, ça ne pardonne pas !

Je raconte.
La légèreté, ce fut notre premier contact, Erri et moi.
Le début de ma lettre du 24 janvier. Lisez, écoutez :
Il fait tout doux à Paris. Le ciel ce matin fut rose, bleu, gris. C’est beau. Le jardin autour de la maison me semble un foutoir insurmontable. Je referme le livre et j’ai une irrépressible envie de vous dire bonjour. Le truc, quand je le prends, j’entends à chaque fois Hinnèni. Je vous assure, c’est ainsi… Même ton léger pour la suite, une admiration piquée d’une timidité maladroite, assez sympathique je crois.

Merveille de trouver sa réponse, joyeuse, le lendemain.
« Chère Anna, Me voici, Eccomi, Hinnèni, on répond tous les jours à un appel qui ne vient pas d’une voix. C’est une joie pour moi que vous répondiez comme ça à un passage d’une histoire écrite par moi. »

J’adore cette envolée Me voici, eccomi, hinnèni. Le don de soi, la main tendue.
Immédiatement je deviens réactive.
Par les mots d’Erri je ressens que la beauté bienfaisante m’envahit de nouveau, doucement, délicatement. Elle était partie, accompagnant Urli. Qui me la restitue, en choisissant en écho la voix d’Erri. Je la découvre depuis peu cette voix.
Elle exprime avec un même phrasé certaines pensées sur le même ton qu’employait Urli, des convergences d’images tout à fait déroutantes.
Mieux que troublée… bouleversée.
Reconnaissante ?
A vie.

Reprenons,
La beauté ne fut qu’un prélude, il y avait une suite au message d’Erri.
En forme d’injonction : J’espère que vous vous donnez aussi le plaisir de répondre à quelqu’un dans votre journée… Fulgurant ! Ne vivez pas par procuration !
Croyez-le, tel un souffle, toutes les peurs récurrentes implosent. J’assiste en direct live au retour magistral des sensations, de l’élan. J’en fus éblouie. Un rien épatée, il y a de quoi. Cette foutue chrysalide grise qui m’enveloppait depuis tant de mois m’anesthésiant inexorablement se déchire se détache de moi telle une pelure.
C’est ainsi que tout commença. Je sortis de ma veille.
Le Quatuor Talich jouait l’allegro des « Dissonances » – la musique de Mozart reste liée à cet instant. Dieu est là, vous dis-je. Et je chantais et je chantais… A la maison.
Dans ma solitude heureuse. Dans la cuisine bleue des scènes de pastorales désuètes forment un rappel de nos origines paysannes, la campagne de Vénétie pour Urli, l’Emilie pour moi. Je note. Je note tout le temps, des citations, des mots d’Urli, d’amis, des versets (Soutenez-moi avec des gâteaux Réconfortez-moi avec des pommes Je suis malade d’amour… vous savez, le Cantique des Cantiques, je n’arrive pas à l’apprendre par cœur). Dans le salon voisin dont j’aime tant les couleurs à la chaux grenat et rose, les livres s’entassent. Ils s’y adaptent très bien. Une cheminée. Des fauteuils, un grand canapé à changer. Quelques photos, amitié à l’ancienne profession. Presque toujours la musique, les magnifiques, Billie, Dylan, Gould, Bach, cette Partita n° 4, mon délice. Beethoven. Et lui, Mozart, mon frère. Les murs doivent en être imprégné, imbibé : sûrement pour ça, même silencieuse la maison reste joyeuse. Les sorties, brèves, se limitent à l’essentiel. J’essaie. Je m’intéresse. Mais je veux rentrer, retrouver la maison. L’envolée est dans la tête, l’inertie dans les actes. Je m’impose on ne sait pourquoi des frontières que j’assimile à du discernement. Erri devint pour moi la main qui apporte la Grâce, ce don divin. Je savoure l’ironie de la chanson que pourrait en faire son ami Gianmaria Testa, Erri et la main de la Grâce, pourtant, qui sait ?

à suivre

 

 

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