cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Catégorie : Récit (Page 1 sur 13)

Non

Tu es satisfaite de tous ces Non que tu distribues à l’envi ? Non, pour sortir. Non, pour se balader. Non, pour le cinéma. Non, pour partir. Non, pour voyager. Non, pour rencontrer quelqu’un. Non, pour aller là ? – Non.
Alors ce soir, tu vas le faire. Aller à ce foutu cocktail. Tu y vas avec une amie qui elle, par  contre est à l’aise avec l’importe qui, n’importe où. Pour moi c’est cela d’ailleurs le comble de l’élégance : être à l’aise.
Seulement voilà. Envolé le beau chemisier en mousseline transparente, envolées les tenues souples, tout envolé, tout donné. Tout oublié. Ne restent que jeans pulls  chaussures et encore ! et les sacs, des tas de sacs. Catherine, mon amie hypnothérapeute m’avait dit un jour après le rappel de trois rêves où je perdais mes sacs : le sac est le symbole de notre vie. Alors, à l’évidence, envie de changer de vie de la remplir .
Je vais bien me dépatouiller pour trouver quelque chose pour ce soir. J’envelopperai ma misère dans un magnifique trench vert olive – et on verra bien ce qui arrivera – comme dit la pub.

*

La médaille

Il y avait ce tiroir où tu avais empilé les dossiers, les papiers de la maman d’Urli. L’autre jour tu as voulu trier, ne pas hésiter à jeter. Et c’est alors que tu l’as vue, coincée entre deux pages d’un agenda. On ne sait pourquoi elle se trouvait là. Une médaille ancienne de Marie, en argent, ovale. Simple, au dessin estompé. Toute petite dans le creux de ta main, même pas un centimètre avec son anneau. Tu n’as pas hésité. Comme stimulée, tu as cherché une chaîne très fine que l’on t’avait offerte. Tu l’as retrouvée facilement d’ailleurs. Tu as enfilé la médaille à la chaîne, fermé la chaîne autour de ton cou. Ton visage s’est alors trouvé comme ravivé par cette présence discrète. Une pensée négative a voulu s’installer illico: tu dois la cacher. Ne pas la montrer. Les temps sont ainsi. Tu as foutu une baffe à l’idée. Et tu la portes désormais chaque jour sans la retirer, la petite médaille. Elle fait partie de toi, tu le sais.

Le salon XVIIIe

J’ai vu tout à l’heure la photo d’un beau salon XVIIIe. Ce n’est pas le premier, mais pourquoi cette photo-là me mena-t-elle direct vers le salon XVIIIe qui se trouvait dans la bâtisse de ma marraine, dans le Vercors. L’été. L’odeur retrouvée. Sûrement. J’y suis née dans ce Vercors, mes premiers pas furent  là-bas. Un vrai labyrinthe cette maison. Je m’y perdais. Des coins, des recoins. Une vaste cuisine donnait sur la prairie (une vache m’y coursa un matin, j’ai jamais compris pourquoi), de petites pièces adjacentes, les chambres en haut ou à mi-étage. Labyrinthe pour l’enfant que j’étais. Mais à l’arrière, tout le long de la bâtisse, un salon, souvent dans la pénombre. On y fermait les volets pour éviter que le soleil ne ruine les tapisseries des fauteuils et canapés. Ma pièce préférée. J’aimais ces fauteuils laqués gris clair. Les motifs des tapisseries. Quelques fleurs. Les Fables. J’aimais être dans cette semi-obscurité. La fraîcheur était accentuée par le bruit de l’eau de la montagne qui coulait dans  la fontaine en pierre brute, en face. Mais surtout l’odeur. L’odeur forte des reliures en cuir. C’est là qu’est né mon amour des livres.
Je ne vins à Paris, chez ma grand-mère, qu’une fois sa colère calmée contre maman. En bonne italienne, elle l’avait chassée, pas de femme enceinte chez elle sans mari. Comment maman avait-t-elle pu rencontrer cette femme plus âgée qu’elle, d’un milieu à l’opposé du sien ?
Elles se rencontrèrent en prison.
Mais ceci est une autre histoire.

Le jardin, à droite de la falaise

Je n’en reviens pas. Le chiffre me scotche. Bientôt dix ans que me voilà installée ici, dans cet appartement. À l’instant où j’entendis le son vénitien des cloches voisines, j’ai dit Oui.  Dix ans !  Cinq, six, pour moi. Quatre années à la trappe. Qu’est-ce qui s’est passé ? –  Comme il se doit, suis tombée amoureuse. Deux fois. Un premier élan. Encore un journaliste. Je l’ai fui très vite. Trop connu. Trop tout. Mais j’étais dans l’élan. Rencontre romanesque, comme j’aime, avec Clem. Encore un journaliste. Tohu-bohu de la vie avec Clem. La mort de Clem. Le gouffre. Quatre années de gouffre faut croire. Et là, clarté retrouvée, ou faux-semblant diront certains.  Envie retrouvée, ou faux-semblant diront les autres. Quelle que soit la réponse, j’ai dépensé un fric de dingue pour tout changer ici. Suis totalement irresponsable. En y réfléchissant calmement,  j’ai cependant compris un truc. Une évidence. – Je n’ai pas d’ailleurs- . Oui, je peux aller à droite à gauche chez les amis. Mais, personnellement, je n’ai plus personne. La famille est désormais un mot hors d’atteinte. Cet appartement, il est tout mes ailleurs. Intuitivement, j’ai voulu que le salon soit mon Paris ; l’endroit où l’on dîne, une province désuète. La chambre, un autre pays. Le bureau, un jardin secret. L’appartement sent bon. Il est propre. Même les endroits cachés sont nets, rangés. On y circule bien. Il est sympathique. Les copines viennent partager le Champagne… J’attends mon nouvel amoureux, puisqu’amoureux il y aura, n’est-ce pas ?
Catherine, mon amie hypno-thérapeute, sait qu’inconsciemment ça me semble improbable. Alors : « Je veux que tu fasses le pari de Pascal. Que tu y crois », ou croies, je me noie dans le subjonctif.  Nous avons fait alors une séance d’hypnose sur la confiance en soi, le passé. Me suis vue tout en haut d’une falaise. Tout autour, la mer. Il faisait beau. Elle me demande où je me situe sur la falaise. À droite. – Qu’est-ce qui prend le plus de place ? Imagine une photo. – La plus grande partie c’est la falaise. Et moi je suis tout à droite. – Catherine, inquiète. La gauche c’est le passé. La droite, l’avenir. Le passé prend encore trop de place. Sors du cadre. Imagine. – Je sors du cadre. J’ouvre à droite une petite porte de jardin en bois. – Je pense illico à Quignard, Dans ce jardin qu’on aimait. – J’avance dans ce jardin très simple, touffu,  fleuri. – Catherine me demande d’aller vers mon amoureux. – J’y vais. Il est bien là ; près d’une table. Je vois sa silhouette. Son visage, dans l’ombre. Il m’accueille, me serre dans ses bras. – Catherine : Chaque jour, va dans ce jardin.
Le plus singulier c’est que je m’orientais de plus en plus vers la droite dans le fauteuil où j’étais, j’allais tomber. Qu’importe : Je me tordais résolument pour aller vers cet avenir-là.

Aujourd’hui, j’ai envie de me répéter,

Est-ce dû à l’effet de ce Champagne matinal ? Pas certain. Aujourd’hui, à l’instant, j’ai envie de me répéter… J’ai envie de fouiller dans tes poches, moi qui ne l’ai jamais fait. Envie de trouver ces multitudes de petits papiers sur lesquels tu notais à la va-vite les livres dont je te parlais. Tiens ! Sollers sort un roman un essai ! Tiens !.. Avais-tu seulement conscience à quel point tu étais irrésistible quand tu faisais ça. J’ai envie de te retrouver me serrant pour m’apprendre la mort de Sagan. Juste ces mots. « Bonjour tristesse ». Le truc c’est ça. Avec toi, j’ai toujours eu envie. De toi, d’abord, ta peau. Marcher près de toi. De lire. De parler. De rire. Partager ta table. L’envie toujours de faire quelque chose ensemble. Les silences aussi étaient délicieux. Tu vas bien ? J’adorais te regarder choisir un fruit, des légumes. J’aimais ta cuisine. Tu avais le sens des saveurs. J’ai envie d’aller avec toi de nouveau, quand un jour tu me dis : « Viens, je t’emmène quelque part ». Je n’ai pas compris. Berluti. Tu m’as expliqué. Ton père, mort alors que tu avais 9 ans. Ta maman, sans ressources, devant travailler dans un pressing. Elle avait droit chaque année à des bons de chaussures pour son enfant. Tu détestais ces chaussures imposées. Pendant deux heures je t’ai regardé choisir tes couleurs. La forme de tes chaussures. Les tiennes. Je n’arrive pas à les donner, stupide que je suis. J’ai envie de me marier encore avec toi. De voyager, retourner à Venise. New York. Lever le nez avec toi. Envie de discuter politique. Je perdais toujours. Ton argumentation était sans appel. Et puis Mozart, un autre de nos liens. J’ai envie de t’entendre me dire  « Choisis! » quand Laura te rappela un jour : Maman n’a rien à se mettre. On bossait 24/7. Tu m’as littéralement saisie par la main, j’ai tout lâché, tu m’as emmené derrière l’agence, Place des Victoires, nous sommes montés au premier étage d’un magasin « Choisis ! » – J’ai gardé longtemps le long manteau chocolat. Tu étais un seigneur. Un gentil. C’est important de le dire. – Mais là, il faut que je sorte. Erri le petit chien a besoin de prendre l’air…

Avec Bacon – Franck Maubert

Quel autre artiste en a dit autant sur l’existence humaine ? Francis Bacon, habité de démons, a su charger ses peintures du tragique de la vie, de ses drames et de ses sentiments. Ne pas se contenter de le considérer comme un simple, mais génial, manipulateur de couleurs. Bacon part du fait que la vie est dénuée de sens, il y puisera toute son énergie. Face à une oeuvre de Bacon, il faut garder à l’esprit cette question, « Pourquoi peint-il ? » Pour exprimer un cri. L’art est un cri pour combattre l’étouffement, m’a-t-il dit un jour (…)
Il évite le « reportage » et l’anecdote qu’il juge comme des facilités. Ça ne l’intéresse pas. Peindre n’est pas mettre en scène une histoire, on l’a compris, c’est suggérer une histoire et l’effacer en même temps. Alors, il ose laisser libre cours à ses dérives, entre modernité et classicisme, duel de forces à la fois tumultueux et contrôlé. Entre subtilité et brutalité. Oui, il respecte les codes, les règles de l’art, l’équilibre de la mise en page, de la mise en scène. Dans chaque tableau, il ruse, il risque, il se risque. Comme dans sa vie, au jeu de la roulette, il court sa chance avec ce goût effréné, son avidité de vie. Il cherche le hasard, l’accident, le dirige, le contrôle, usant de tous les moyens, parfois irrationnels (…)
Les à-plats en fond et les sujets en mouvement qui semblent surgir renforcent l’effet de théâtralité. Dans ses arrière-plans, il travaille le vide pour inscrire sa figure dans un schéma spatial, jouant de l’ascétisme et de l’inertie du décor. C’est un de ses procédés qu’il reconnaît : Un fond permet de mieux percevoir une image, ce que l’on souhaite désigner, la projeter, la mettre en avant. Alors ses corps peuvent se tordre, jusqu’à l’épilepsie, copuler ou s’exhiber dans l’obscurité des nuits (…)
J’aime beaucoup l’orange, comme toutes les couleurs qui n’ont pas de rapport avec la réalité. Il faut le mensonge pour arriver à la réalité. Il faut être faux. C’est la couleur de la vie dans un sens, cela lutte contre la mort (…)
Bacon est un risque-tout, il ne planifie rien, compte sur l’accident et l’instinct. Michel Leiris écrira : « C’est une bête d’atelier ». Il préfère brouiller les pistes (…)
Bacon rend vivant ce qu’il peint. On sent la présence de la main.

les jupettes

C’est malin ! J’ai pris une claque en rangeant quelque chose dans un placard. Comme saisie d’une interrogation. Les autres placards. Le pincement, qui s’accentue. L’évidence. La claque. Plus une jupe, plus une robe. Toutes données, lâchées, abandonnées. Depuis la mort d’Urli, toutes aux oubliettes. Sacs il y a. Manteaux il y a. Impers il y a.  Jeans il y a. Pulls et chemises blanches. Je m’assieds sur le lit. Triste. Comme désertée de moi. Envie de pleurer.
Et j’y repense à mes robes et jupettes…
J’ai toujours eu un faible pour les vastes robes de gitane. La jaune, incroyable, avec tous ces noms de villes imprimés. Celle, évasée, en coton blanc avec sa dentelle surannée. Urli aimait y fouiller les alentours. Et les mini ! Les mini…
C’est malin !
… quand même, qu’elle était belle ma mini noire de chez Courrèges.
Qu’elle était belle. Et je souris.

La surprise

Il y a cet auteur dont j’ai tant aimé un de ses livres. Dont j’aime tant un de ses livres. Comment résister au plaisir de mettre sur Twitter deux trois citations avec les photos qui me semblent justes. Un jour, en fin d’après-midi, il y a quoi, presqu’un an, le plaisir de recevoir un mail sibyllin de remerciement.  – J’y crois pas !  C’est vous ! – . Ce côté nature lui a plu sûrement. De fil en aiguille, comme on dit, d’autres échanges, pas beaucoup. Discret, il en vient à me parler longuement de sa famille, de son antre, de ses peurs, mes réponses, toujours joyeuses. Un jour pourtant, vers l’automne, allez savoir pourquoi, comment, un mail incendiaire, accusateur de je ne sais quoi, sur un quiproquo évidemment. – ça m’a déstabilisée. Fait peine. C’est pas pour moi tout ça, ai-je pensé,  je sais pas faire, alors, Bye Bye Monsieur !
Et la vie qui va…
1er janvier arrive finalement. Un mail, annonciateur de paix, mais non, il n’a pas pu s’en empêcher, encore moralisateur.
– Vous savez quoi ? Je vous souhaite une bonne année et vous embrasse.
Et nous nous sommes oubliés l’un l’autre.
Il y a quelques jours, la surprise. Un mail, cette fois très simple, élégant, sans fioritures. Il m’annonce son départ, je fais partie des quelques personnes à qui il veut dire au revoir, écrit-il, et me remercier tout compte fait, pour cet échange un peu fou.
Vous savez quoi ? Touchée !

Pourquoi Sollers,

Beau jour, le jour où Urli m’offre Femmes, paru quelques années auparavant. Splendeur du titre. Jamais lu Sollers. J’ouvre sur la citation de William Faulkner : Né mâle et célibataire dès son plus jeune âge… Possède sa propre machine à écrire et sait s’en servir. – Malin, non ? Je tourne quelques pages blanches. Et je lis ça :

« Depuis le temps… Il me semble que quelqu’un aurait pu oser… Je cherche, j’observe, j’écoute, j’ouvre des livres, je lis, je relis… Mais non… Pas vraiment… Personne n’en parle… Pas ouvertement en tout cas… Mots couverts, brumes, allusions… Depuis tout ce temps… Combien ? Deux mille ans ? Six mille ans . Depuis qu’il y a des documents… Quelqu’un aurait pu la dire, quand même, la vérité, la crue, la tuante… Mais non, rien, presque rien… Des mythes, des religions, des poèmes, des romans, des opéras, des philosophies, des contrats… Bon, c’est vrai, quelques audaces… Mais l’agrandissement, le crime énervé, l’effet… Rien, ou presque rien, sur la cause… LA CAUSE.
Le monde appartient aux femmes.
C’est-à-dire à la mort.
Là-dessus, tout le monde ment.
Lecteur, accroche-toi, ce livre est abrupt. Tu ne devrais pas t’ennuyer en chemin, remarque.  »

… et depuis ces lignes, pas un livre nouveau que j’ouvre sans me demander si je saisis bien tout. Cet homme m’a appris à savoir lire. À m’interroger. Avec Femmes j’ai compris pas mal de petites choses et de grandes choses. Mais, le beau de l’affaire, il mit des mots sur ce que je suis, ressens sans avoir su l’exprimer  avant. Il m’a appris. Appris sans cesse. Je ne savais pas que j’étais dans un tel dénuement, que j’avais si faim. Je m’en donne à coeur joie et c’est bien comme ça.

J’aime le sable à la folie – Catherine Vigourt

J’aime le sable à la folie, tous les sables de la petite plage. Le sable sec, fin et clair, si froid le matin quand les monitrices nous ouvrent l’enclos des jeux, avant que ne soient gonflées les épaisses bouées et retendus les ressorts en rangée au bord des trampolines. J’aime le sable limaille des jours de mauvais temps, celui des marées basses, brillant dans les moulières et crissant sous la pelle. J’aime le vent, le sel que j’embrasse sur ma peau en imaginant recevoir ce que boivent les monitrices aux lèvres des petits amis. J’aime la cueillette des algues, les étoupes vert pomme des limons, les brassées du varech parsemé d’ampoules brunes : on m’envoie les chercher pour décorer les châteaux de sable, rapporter par seaux entiers les coquilles colorées et les couteaux longilignes. Je vais vite en récolte, je n’ai pas de dégoût, je les enlèverai quand le soleil les aura cuits au fond des douves, quand d’étranges mouches y butineront la fin du monde. J’ai une truelle rouge que je ne perds jamais et qui rouille d’été en été, je découpe avec elle les créneaux au sommet des donjons ou les mèches emmêlées des sirènes. C’était le temps des concours de sable.
Parfois je m’en vais sans rien dire à personne. Je veux voir si les monitrices s’inquiètent. Je m’en vais au large de la plage, là où les gens ne s’installent plus, où ne s’avancent plus les glaciers ambulants, là où la mer montante fait un bruit lourd, répercuté contre la haute digue. Je saute entre les rocher, j’improvise une baignade exaltée sans lâcher des yeux le lointain drapeau vert. On ne panique pas pour moi : je reviens toujours, il ne m’est rien arrivé, pas de fâcheuse rencontre, on avait en ce temps moins peur pour les enfants (…)
Les mères à l’autre bout rissolent sur des pliants en feuilletant des magazines ; le bruissement de leurs mots forme une vague continue ; elles se lèvent alarmées de l’heure qu’elles ont oubliée, du dîner pour lequel elles n’ont disent-elles rien préparé. Elles voient débarquer le vendredi de leurs voitures bouillantes des inconnus en cravate dont elles s’aperçoivent que c’est bien leur mari. Parfois de grandes manoeuvres se produisent : un bal masqué qui fait jaillir les machines à coudre, le défilé du 14 juillet avec les chars à fleurir, et ce papier coloré qu’on achète au bazar, avec des sacs de confettis roses, pour le gondoler en lampion au bout d’un bâton. Parfois ce monde-là s’habille : on passera prendre un cocktail chez Mahu.
C’est un tout autre village les jours de pluie. On s’active autour des gaufres, on rachète des cirés au petit marché, on rouspète après le 15 août, le club de loisirs prend ses quartiers dans un gymnase près de l’église. Quand « on monte à Saint-Roch » le coeur se serre, la fin des vacances approche, l’heure de quitter les monitrices. Je sens encore l’odeur de la charpente, j’entends la rumeur des enfants que séquestraient les nuages, mais tout ceci alors ne me semblait pas tout à fait réel. C’était une bonté provisoire de l’été, même quand il ne faisait pas beau, et aucune autre villégiature, en Bretagne, Provence ou Italie n’égala cette offrande-là, qui ne venait de personne.

Un jeune garçon

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