cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Catégorie : Récit Page 2 of 22

Un lendemain

Samedi matin.
La maison sent bon. On voit qu’elle est rangée, sans être figée. Je ne veux pas qu’elle soit sans défaut, ni sans ce rien de poussière sur un ou deux livres. La musique, pour l’instant rien que pour Erri et moi; elle donne tout ce qu’elle a. Les fleurs de Stanislas devant moi, dans ce pichet vert trouvé chez l’ami Philippe. Répondre à quelques messages écrits. Passer deux coups de fil. Prendre ces photos du rendu de la lumière. Rien n’y fait, je reste éblouie ; les ombres du bouquet jouent sur le dossier rouge de l’histoire en cours d’écriture. Je les regarde faire… Rien n’y fait, s’immisce en moi, mine de rien, le trac, ce foutu trac. Se dire qu’avec la répétition je m’y habituerai à ces visites, jusqu’à ce qu’une personne dise enfin simplement : Oui.
Pourquoi ce titre, Un lendemain ? Hier, Catherine m’a mise devant mes contradictions. Elle n’y a pas été avec le dos de la cuiller. Toujours cash Catherine. Ce qui est bien cette fois, il semblerait que ma tête ait compris le message. Donner sa chance au produit, en quelque sorte. Donner sa chance à l’avenir. Ne pas se cabrer, rester figée sur quelques heures de sidération.

Samedi après-midi
Marie est là. Le premier visiteur arrive. Timide. Il regarde. Il aime. Il tourne et retourne dans les pièces. Je le sidère, le décontenance, lorsque je lui montre les vidéos du soleil avec Mozart et les ombres portées, le chant du merle le matin. Il aime cet endroit. Marie, lucide, parle finances.
La seconde visite . Un jeune couple avec parents. Ils tombent en amour.
Je ne sais que penser.
Marie reçoit alors une troisième demande de visite. Un autre couple. Très jeune aussi. Aussitôt en amour eux aussi avec ma maison.
Marie reste constante. — Financement.
Je me sens spectatrice. Je suis au théâtre.
Il faudrait quand même que j’me réveille…
Un autre rendez-vous vendredi prochain, sûrement d’autres dans la semaine. Que vas-tu dire, que vas-tu faire lorsque tu devras donner une réponse.
Avec Marie nous ouvrons une bouteille de Champagne après cette première journée intense. Partageons deux trois trucs à grignoter. Nous parlons de nos vies. De nos hommes. Des enfants. De l’étrangeté, de l’inattendu. De l’amour qui va revenir pour l’une comme pour l’autre, ça ne peut se finir autrement, n’est-ce pas ?


*

Un gentleman

Certes, il fait frisquet ce dernier samedi de février, mais quelle lumière. Qui inonde la pièce à vivre. Du coup, j’ai laissé le bureau, me suis installée à cette table sur laquelle vent et soleil créent leurs ombres magnifiques, mouvantes. Face à la présence étonnamment rassurante de ces anémones roses parmes violettes qui donnent tout ce qu’elles ont, je veux reprendre là certains billets de l’année dernière, dont un qui me tient à coeur. Je l’avais supprimé, le trouvant mal écrit. Pas sûr qu’il s’en sorte mieux aujourd’hui.
Va! m’a dit l’envie.

Reprenons l’idée.
Donc,
J’étais joyeuse ces derniers temps. Réactive. Les ébauches, prometteuses. Je ne demandais rien d’impossible. J’étais prête.
Je demandais du nouveau… Quelque chose.
— J’lai eu —
J’étais pas de taille. Un malentendu a tout foutu en l’air.
Un vrai de vrai.
J’ai pas su faire avec cette nouveauté là.
Il faut dire que je ne m’y attendais pas. Lui et moi, et oui, nous revoilà, mais d’une façon détournée, que je ne peux expliquer ici. Notre rencontre ? Un prélude. Une fugue. Un adagio. Une fugue. Je n’ai rien voulu entendre des alertes des amies, n’écoutant que mon seul instinct, T’inquiète !… J’étais si bien dans mon étonnement. J’aimais ses mystères. J’aimais sa douceur, ses mots, son visage, son regard. Ma bulle était une bulle à merveilles.
— Mais pourquoi je m’exprime à l’imparfait ! c’est absurde —
Est-ce dû à mon côté italien, il y eut très vite bien du grabuge, bien des confusions, bien des séparations. Mais les mots qui nous séparaient, ne nous lâchèrent jamais, réactivant toujours ce lien étrange entre nous, signant les retours à petits pas tantôt de l’un, tantôt impétueux de l’autre.
Une vraie Commedia dell’arte.

Les faits.
Lorsque Noël arriva, les vacances de Noël, je compris que le gentleman à qui je croyais avoir affaire, un gentleman à la Borges, et bien peut-être ne l’était-il pas tant que ça, gentleman. Ça me navre ce que je dis là. On peut écrire Regarde ce que je lis ! sans que cela arrête la Terre de tourner. Non. On n’a pas le droit. Ça ne rentre pas dans la bonne case. Le bon timing. Il a fallu me rendre à l’évidence. Alors, le 31 décembre, devant cette peur, face à cette absence de vie, de liberté, d’esprit d’ouverture, de gentillesse, j’ai arrêté la petite histoire. Stop. Me suis offert un pantalon patte d’eph, une chemise blanche à froufrou et suis allée à une soirée.
L’histoire est malicieuse. La Providence est malicieuse. Pour ça que j’l’aime ma petite histoire. Elle remit deux fois sur mon chemin l’existence de cet homme désenchanté par un biais d’une surprenante complexité, qui mériterait à lui seul un récit. J’en pris de nouveau pour mon grade. Je parle là moral, santé, émotion. Je retrouve d’un coup en vrac, son chemin, ses sauts d’obstacles, son égoïsme, son attachement, son charme.
Banalisons, banalisons… lui ai-je écrit alors.
Je ne suis pas digne de Borges, mais cela tendait vers le chemin aux sentiers qui bifurquent. Il y avait tant de chemins. — À quels chemins pensait-il, moi, qui n’ai connu que ses sens interdits. Borges, dans un de ses poèmes parle d’une fenêtre ouverte sur la vie. J’y ai vu là, me concernant intimement, qu’il avait été Lui, quoi qu’il fut, le bon chemin pour me ramener à la vie. Bingo ! Malentendu. En égocentrique fini, qu’a-t-il été penser ? Je ne le saurai jamais.

Finalement,
Il n’a pas dû aimer ce jardin où j’étais.
Il n’a pas dû aimer ce sentier.
Il n’a pas dû aimer cette bifurcation.

Et toi, qu’en penses-tu ?
Tu aimes toujours les jardins.
Tu aimes toujours les sentiers.
Tu aimes toujours les bifurcations.

Termine sur une virgule,
Bifurque Anna,
Bifurque,

*

Le geste sûr

D’un geste sûr j’ai signé le mandat de mise en vente de l’appartement. Ma maison comme je dis. J’écris ces lignes le lendemain, au bleu du jour. Les fleurs de Stanislas posées sur la table en rotin accompagnent les mains qui tapent sur le clavier du petit Mac. Je les regarde, en copines. Erri dans son panier, commence déjà à ronfler. Pas mis de musique. Fenêtres ouvertes, il fait doux sur Paris, j’entends les pigeons roucouler, les mésanges, les bruits du quotidien de l’immeuble. Je suis parfaitement en paix. Dégagée de tous ces problèmes à venir quand on envisage la recherche d’achat d’un bien. Une amie m’a convaincue. Je vais louer, trouver quelque chose plein de charme, oublier ces tracas de propriétaire. Peut-être pourrai-je rester près du jardin. Je n’en sais rien. Nous verrons bien. Je sais d’évidence que j’avance sur le bon chemin. C’est pas tous les jours qu’ça arrive. J’aime trop ces foutues bifurcations.

Le point du chocolat

Comme convenu je suis donc retournée voir Nadia. Pas mal de monde dans la salle d’attente, une chaise sur deux occupée. En m’installant je vois qu’elle vient de publier un nouveau livre sur le circuit des méridiens du corps. Je le feuillette. Explications claires. Dessins explicites. Je me demande quand elle trouve ce temps pour écrire. Quand elle n’est pas à son cabinet elle soigne à l’hôpital. Quand elle part en vacances c’est pour enseigner dans les universités.
Quand elle entre dans la pièce où vous êtes installée, c’est le soleil qui entre avec elle. Questions/Réponses sur l’état des lieux du moment. J’aime bien quand elle m’apprend le sens de certains points d’acupuncture. Elle m’avait appris Le point de la mer calme, que j’aime absolument. Elle me connaît par coeur, me devine, et surtout me comprend. Parfois elle pique uniquement dans le dos. Là, Nadia pique ici, là, au niveau du front sur la tête le cou le ventre les jambes les pieds. Elle me pique alors les gros orteils — Je vais vous faire le point du Chocolat. J’adore l’idée… Un gamin aimait tellement le chocolat qu’il en fut écoeuré. Vous éviterez toute mal bouffe.
— Je vais vous faire le pendant, le point du Rejet. Vous allez rejetez idées noires et négativité. Elle fait alors ce geste magistral de la main, elle rejette : Va !
Avant de quitter la pièce, elle place une source de chaleur sur le plexus solaire, siège des émotions, pour réactiver une confiance en soi bringuebalante.
Je suis bien là, allongée, à attendre sous cette chaleur bienfaisante.
En revenant, Nadia me donne une feuille avec un régime drastique à suivre.
Ce n’est pas fini, on va pas se quitter comme ça, elle m’enfonce à la va-vite deux clous dans l’oreille. Un sourire. — Au revoir Nadia, merci….

*

Le sentier

Comment dérouler la séance d’hier avec Catherine…
Peut-être commencer par ce qui fut d’abord un bon moment encore copines. Maïa était venue nous accompagner pour le déjeuner. Maïa, licence de journaliste obtenue à l’Université de Columbia, excusez du peu, travailla en zones de guerre comme reporter photographe pour Le Monde, l’AFP. Puis, restructuration oblige, fut licenciée. Déprime. Piges à droite, à gauche. Galère. Maladie. Déprime. Catherine ne l’a pas lâchée. Résurrection. Elle écrit son premier roman. Aime son mari et les enfants vont bien.
Catherine avait préparé chez elle un magret. Pour l’accompagner, elle cuisit des haricots verts sur le plus petit réchaud du monde dans la partie de son antre réservée à l’esprit cuisine. Maïa apporta les entrées. Et moi le vin sans oublier quelques pistoles en chocolat noir. Catherine nous annonce qu’elle a peut-être trouvé un amoureux… Raconte, raconte, disons-nous… Une amie lui suggéra de s’inscrire sur Adopte un mec.com. Et, bingo… Avec Maïa, nous l’avons trouvé plutôt bien ce Mec.com. Il a de l’esprit. Et prêt à se rendre en Corse pour rencontrer Catherine.
Maïa nous lâcha à 15 heures.
En fait ce n’est pas un adieu qu’il te faut dire à cet homme-là me dit Catherine. Imagine, me dit-elle, un de ces grands meubles en bois que l’on trouve dans certaines pharmacies. Il te faut garder dans un tiroir le bon qu’il te donna ou que tu éprouvas. À disposition. — J’acquiesce.
Parfaitement détendue, l’entrée en hypnose fut facile cette fois. Le ranger, j’y parvins très bien, d’un geste sûr, sans éprouver le moindre regret, le moindre chagrin, dans un grand tiroir de ce magnifique meuble d’apothicaire qui se trouvait dans cette non moins sublime orangerie, allez savoir pourquoi. La lumière extérieure pénétrait en rayons et illuminait la scène. La beauté fut que je le plaçai dans le même tiroir où se trouvaient déjà Urli et Clem.
Sors de l’orangerie me dit Catherine. Que vois-tu ? Que fais-tu ?
Il fait beau dehors. Plein soleil. Le long de l’orangerie il y a un sentier de terre, très beau, plein d’herbes folles, de rosiers touffus aux fleurs claires, légères, qui bougent avec ce léger vent. Avançant vers moi, mon bel amoureux, habillé en blanc, non pas chic, mais simple, pantalon ample en lin, il porte une sorte de bob. L’ombre de son chapeau d’été m’autorise à ne voir que le bas de son visage. Il me sourit.


*

Une joie

Un dimanche matin d’hiver. Une douceur malgré un ciel grisâtre qui permet ce matin d’ouvrir larges les fenêtres. Les mésanges, je les entends. Une corneille aussi, un peu plus loin. Les mouettes, c’était bien plus tôt. Erri a abandonné son petit panier blanc sous la table pour aller ronflotter dans le vert, maintenant que la chambre est disponible — Il est un peu plus de 9 heures ce dernier jour de janvier. Les draps, changés. La vaisselle du petit déjeuner, à laver. La maison sent mieux que bon, elle sent la joie. Ma joie, une joie simple, profonde, libératrice d’un coup d’humeurs sombres et plombantes dont j’ignorais même la présence. Tout me semble réalisable avec ce que je suis. Envie de dire merci.

*

La toile cirée

Peu de monde ce matin dans le bus en rentrant d’un rendez-vous près de l’Etoile. Je suis restée debout parce que j’aime ça. Je regarde. Et nous roulons, nous roulons. Un moment, au niveau de l’Ecole Militaire, bouchon de circulation. Nous sommes coincés. Je me détourne de la vision de voitures bloquées et je vois une femme, assise dans un abri-bus, en face. Elle n’attend pas de transport. Elle vit là. Elle doit avoir une soixantaine d’années, blonde décolorée, un visage rosi par la fraîcheur de la météo. Une couverture sur ses genoux, elle porte deux trois gros pulls sous une canadienne abîmée. À sa droite, une petite valise sur roulettes. Posés dessus plusieurs boîtes en plastique transparent avec divers aliments à l’intérieur, un reste de pâtes, de légumes… Ce qui est bouleversant, c’est que la femme prend alors, d’un geste lent, un bout de carton plat, le pose sur le haut de sa valise. Ensuite, elle sort d’un sac posé à terre un morceau de toile cirée bleue à pois blancs. Pose la toile cirée bleue à pois blancs sur le carton. Fait glisser les boîtes dessus. En ouvre une et s’aide d’une cuiller pour manger. Elle déjeune.
Comme si elle était dans sa cuisine.
J’aurais pu prendre la photo. J’aurais eu honte.
Mais alors, pourquoi n’ai-je pas honte d’écrire ces mots ? Le choc des photos ?

*

Parler de soi,

Tenir un journal, c’est devoir être totalement sincère. C’est parler du plus vrai de ce qu’on porte en soi. C’est en extirper l’intime. Sans chercher à plaire, à séduire ou apitoyer.
L’intime. La meilleure chance de rejoindre autrui. De le rejoindre dans ses doutes, ses peines, ses peurs, ses chagrins, ses préoccupations, sa solitude…
Il me faut rappeler cette évidence qui paraît contradictoire et qu’on renâcle à admettre : c’est par le singulier qu’on accède à l’universel…
Pour le dire autrement, il faut être sans complaisance avec soi-même, dissoudre le moi dès qu’il se manifeste, le moi étant l’égo, foyer de l’égocentrisme, le moi qui ramène tout à lui-même et qui se croit le centre du monde. Le moi a une forte présence dans notre psyché. Ses activités sont multiples. Il est un fouillis de désirs, d’avidités, de volonté de puissance et de domination.
Mû par une nécessité intérieure, j’ai travaillé à déraciner ce moi qui ne cesse de réapparaître. Ce fut une longue affaire. Je voulais me connaître, savoir qui j’étais. Il me fallait pénétrer au plus loin de ma mémoire et de mon inconscient. Pour me libérer de mes entraves et de ma confusion. J’avais un besoin ardent de me clarifier, de me centrer, de m’unifier… Le besoin de devenir moi-même.
En bref, pour parler de soi avec lucidité et détachement, il faut :
– être déjà parvenu à être simple, ce qui suppose de ne plus avoir une image de soi, qu’elle ait été flatteuse ou amoindrissante,
– se couler dans les mots avec un maximum d’objectivité,
– simplement rendre compte de tout ce qui est capté. En toute neutralité. Sans se juger ni se justifier…
Comment éviter de commettre des erreurs ? Si la connaissance à laquelle j’aspirais m’avait été donnée dès le départ, je n’aurais pas eu à parcourir ce long chemin pour l’obtenir.

CHARLES JULIET
LE JOUR BAISSE — JOURNAL X 2009 – 2012


Reine d’un jour

La photo est prise à Venise. Un jour d’été sûrement très chaud.
Je suis seule, attablée derrière une de ces tables ovales à l’intérieur du Caffè Florian. Derrière moi, le miroir ancien joue le jeu. Ce qui est inédit, c’est l’image. Je suis tout, sauf discrète. Une reine. Rien de vestimentaire, de spectaculaire, tout est dans le regard dirigé vers le photographe. Je porte un simple débardeur sans manches Agnès B en coton léger, bleu marine, très décolleté, on voit la naissance des seins, pas de soutien-gorge, d’évidence. Deux petits boutons blancs donnent de la lumière et attirent le regard. Le visage, les bras sont bronzés. La main gauche est posée sur le dessus en marbre de la table. Au bras droit, dont la main soutient le menton, un large bracelet doré. Les cheveux, en masse, autour du visage, telle une cascade bouclée très brune jusqu’aux épaules. On pourrait me dire sortie d’une peinture de la Renaissance, tant le temps semble aboli. Lèvres, comme un appel, dessinées avec un léger blush, les yeux sont noircis. Le regard est d’une extrême force. Captivant. Il dit tout de l’amour pour le photographe. Il dit tout de ce qui s’est passé la nuit d’avant. Il dit tout du lien entre ces deux-là.

*

Photos

Après avoir classé rangé ce qui restait de papiers divers, il me reste une chose à faire encore dans ce tri. Les photos. M’en défaire. Urli voulait qu’elles soient brûlées lorsque nous ne serions plus là. De toutes façons je ne les regarde pratiquement plus. Elles sont dans des boîtes, à part les quelques-unes encadrées avec lesquelles je veux rester jusqu’à la fin. Autant s’en débarrasser avant un prochain déménagement. Je veux le faire, moi, avec gentillesse, ce matin, tôt, avant d’aller voir Cédric le coiffeur aimé. Commencer par les diapos. Les piquer, les couper aux ciseaux. Hésitation. Je tourne autour de la grosse boîte orange posée sur la table ronde. Me refais un café… Tweete un peu… Repense à ce que me disait mon médecin lorsque, devant voyager je ne pouvais faire les valises après la mort d’Urli, n’ayant plus à y mettre ses affaires. Nadia m’a dit alors tout simplement : Urli n’est pas dans la valise… J’ai pu partir.
Je freine l’émotion. Soulève le couvercle. Pas si facile le premier geste. Superstition. Je regarde le tas. Les autres boîtes, plus petites. En automate, me lève de la chaise, pars faire le lit, laver les tasses, prendre une douche… Et reviens, remercie Nicéphore pour son invention… du grand n’importe quoi. Finalement je prends une grande respiration et retire d’un geste sûr les premières diapos des planches plastiques, je coupe nettement, au milieu. Je ne regarde pas. Ne pense pas. Je coupe. Je coupe. J’imagine que j’aurai la même facilité avec le noir et blanc. Les négatifs. Les planches contact. Sauf que… les tirages, les tirages, je ne peux pas. Je ne veux pas. Ce n’est pas une question de tristesse, d’accablement. Sans leurs visages sur ces tirages, leurs regards, leurs sourires, je sens ma force s’effriter immédiatement. La gaieté de leur présence je ne peux m’en passer.

*

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