cet air de rien

Anna Urli-Vernenghi

Mois : août 2022

Les Fioretti

Dans la petite rue où je vis, on trouve un petit café d’habitués, un magasin d’alimentation générale ouverte presque 24/7, de nombreuses boutiques d’antiquaires et deux galeries d’art contemporain. L’une d’entre elles est juste à côté de la porte d’entrée de notre immeuble. Le plus souvent j’y vois des toiles noires et blanches qui ne m’inspirent rien… Mais là… là…. il y eut cette exposition d’Hélène Baril (totalement inconnue de moi). La couleur. Des gouaches en pointillés sur papier de 25 par 35 cms.
Des couleurs d’une douceur captivante. On est à l’aise à regarder ces Fioretti ; référence aux Fioretti de Saint-François d’Assise. Hélène Baril créant son propre personnage : Gropieds (sic).
« Comme dans les contes, les gouaches d’Hélène Baril représentent un monde aux lois arbitraires, un monde avec sa logique propre. Grospieds est un personnage avec une densité imaginaire qui s’est créé au fil du temps, dans la nécessité de constituer un plan pour le dessin et la couleur…. Personnage burlesque et démiurge avec compagnons alliés et ennemis, il pose un espace, peut-être celui du jardin (mais pas de l’Eden), et un temps – le temps qu’il fait, le temps qui se déroule, le temps qui fabrique. Il installe son quotidien, formant ainsi cette série de Fioretti – référence aux Onze Fioretti de Saint-François d’Assise de Roberto Rossellini.
Trois Fioretti m’accompagneront désormais.

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MIGUEL

Est-ce ce documentaire sur la Corée du Nord regardé l’autre soir, qui d’un coup m’a fait venir en mémoire Miguel. — Miguel ! un de nos amis romains.
Urli l’avait rencontré au bureau de la presse étrangère à Rome, avant que nous n’arrivions Laura et moi. Cinéaste, journaliste, il l’avait alors beaucoup aidé pour ses divers reportages sur la politique très confuse du moment. Communiste comme c’est pas possible, mais disant à tout bout de champ « Mon Dieu ! mon Dieu ! », il avait réalisé un des premiers films sur la Corée du Nord, alors interdite pratiquement à toutes les cartes de presse ; ses films sur la chute d’Allende au Chili et les camps de Pinochet font références.
Son bureau ? Un Bar, près de la Piazza del Popolo. Il y donnait là ses rendez-vous.
Doux dingue aux cheveux roux, pétri de talent, malin, gentil, très gentil, borderline avant toute autre chose, Miguel pouvait nous dire, très sérieusement, sans forfanterie, au cours d’une conversation, s’il l’un d’entre nous avait un problème : Tu veux un Scud ? Je t’en trouve un.
Ses amours ? Son fils. Sa femme, comédienne grecque. Leurs colères ? Homériques — comme il se doit.
Ils étaient sensés vivre plus ou moins séparés, mais ne cessant de s’appeler. Les week-end, les vacances, ils avaient loué au clergé romain une énorme bâtisse dans les collines du Lazio. Nous y allions parfois. C’est là qu’il initia Urli à quelques drogues… Moi, je regardais. Je notais.
Il nous raccompagnait très tard le soir. Ivre : T’inquiète pas me disait-il, la Cinquecento connaît la route par coeur.
La mort d’Urli l’a dévasté.

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