Est-ce ce documentaire sur la Corée du Nord regardé l’autre soir, qui d’un coup m’a fait venir en mémoire Miguel. — Miguel ! un de nos amis romains.
Urli l’avait rencontré au bureau de la presse étrangère à Rome, avant que nous n’arrivions Laura et moi. Cinéaste, journaliste, il l’avait alors beaucoup aidé pour ses divers reportages sur la politique très confuse du moment. Communiste comme c’est pas possible, mais disant à tout bout de champ « Mon Dieu ! mon Dieu ! », il avait réalisé un des premiers films sur la Corée du Nord, alors interdite pratiquement à toutes les cartes de presse ; ses films sur la chute d’Allende au Chili et les camps de Pinochet font références.
Son bureau ? Un Bar, près de la Piazza del Popolo. Il y donnait là ses rendez-vous.
Doux dingue aux cheveux roux, pétri de talent, malin, gentil, très gentil, borderline avant toute autre chose, Miguel pouvait nous dire, très sérieusement, sans forfanterie, au cours d’une conversation, s’il l’un d’entre nous avait un problème : Tu veux un Scud ? Je t’en trouve un.
Ses amours ? Son fils. Sa femme, comédienne grecque. Leurs colères ? Homériques — comme il se doit.
Ils étaient sensés vivre plus ou moins séparés, mais ne cessant de s’appeler. Les week-end, les vacances, ils avaient loué au clergé romain une énorme bâtisse dans les collines du Lazio. Nous y allions parfois. C’est là qu’il initia Urli à quelques drogues… Moi, je regardais. Je notais.
Il nous raccompagnait très tard le soir. Ivre : T’inquiète pas me disait-il, la Cinquecento connaît la route par coeur.
La mort d’Urli l’a dévasté.

*