Je l’ai pressentie en revenant de la promenade d’Erri. Malgré la pluie, pas très virulente faut bien le dire, cette douceur de l’air, les lumières étaient toutes jolies. Les couleurs ravivées par je ne sais quoi. Et, en rentrant, une sensation, très nette par contre. Une grâce matinale. Un coeur au calme, gai, réceptif.
— La maison est propre. Junior, hier, a fait tout ce que je n’arrive pas à bien réaliser, la poussière sur les livres anciens posés sur la console au-dessus du secrétaire vénitien, par exemple. Les tomettes sont bien plus vivantes. Les nocturnes de Chopin, à l’oeuvre. Les renoncules roses de Stanislas pètent le feu… tant mieux. — J’ouvre Twitter. Envoie la photo du quai sous la pluie. Me fais un café. Erri s’est déjà rendormi.
— Beethoven. Triple concerto. Cette envolée du début…. Je vois alors apparaître sur l’écran un visage que j’aime bien, et qui aime la photo. À chaque fois que je le vois ce visage je me rappelle comment l’homme m’interpella dans la rue « Anna ! Anna ! » , les bras chargés de vêtements sortis du pressing voisin. Je l’avais écouté sans dire un mot. Béate, j’attendais qu’il continue…. et ce n’est qu’après ce bref moment lui ai demandé qui il était. — Je fais ici la promesse d’aller le voir au théâtre l’année qui vient ! —

Ce visage fait partie prenante de cette grâce matinale.

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